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Les mots de Natacha.com

Les mots de Natacha.com

Des mots, des murmures, des cris, des silences, des aveux. Des mots qui claquent, se taisent dans un sourire. Poésie, slam, chanson, prose et haïkus...

Articles avec #musique catégorie

Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Murielle au violon, #musique

 

Chapitre 5

Epreuves

 

 

Madame Dulyonnais avait raison quand elle me parlait de la force de mon amour de la musique. Je franchissais sans difficultés les étapes, chaque année avec une mention très bien. Je m’affirmais de plus en plus. J’avais treize ans, Gilles Carlier avait décidé de commencer à me faire travailler en quatuors à cordes. J’allais retrouver l’inévitable Jérôme Ervan en second violon, puis un violoncelliste et une altiste que je ne connaissais pas : Christophe Colin et Tatiana Lanovsky. J’avais hâte de commencer, c’était prévu pour la deuxième partie de l’année scolaire.

Toute heureuse, je suis partie chez Madame Dulyonnais pour lui annoncer cette bonne nouvelle. Je n’avais jamais cessé d’aller la voir depuis que j’étais petite. Et je la trouvais toujours là, dispose, souriante , fidèle et prête à me donner de précieux conseils, c’était ma mamie de cœur, ma reine de musique. Mes « vraies » mamies avaient accepté et compris ce lien si particulier qui nous unissait. Mamie Lucie ne fronçait plus les sourcils quand j’étais chez elle et que j’annonçais brusquement : « Bon, je descends chez Madame Dulyonnais ! » J’emportais toujours mon violon et nous passions ensemble un moment de musique et de bonheur.

Or, ce mercredi là, le premier mercredi d’octobre 1990, je sonne à la porte de Madame Dulyonnais et personne ne répond. J’entends les aboiements de Miolo. Etrange… quand elle sort, Madame Dulyonnais emmène toujours son chien avec elle en promenade. Je suis là sur le palier toute déçue quand Madame Payasson, la concierge, me voit et me dit sans ménagements :

«  Tu cherches Madame Dulyonnais ? Elle n’est pas là. On l’a emmenée à l’hôpital ce matin en ambulance. »

Mon cœur saute dans ma poitrine, je me détourne très vite en bredouillant je ne sais quoi et je remonte chez mes grands-parents. Mamie Lucie voit mon air bouleversé :

« Que se passe-t-il ma chérie ? »

J’articule avec peine : « Madame Dulyonnais a été emmenée ce matin en ambulance à l’hôpital. Oh Mamie ! Tu crois que c’est grave ? »

Et je repense à Madame Dulyonnais, c’est vrai que depuis quelque temps, elle est vite fatiguée, je m’en suis aperçue et je reste moins longtemps en visite pour la ménager mais j’étais loin d’imaginer qu’elle doive être hospitalisée en urgence ! Mamie Lucie téléphone à madame Payasson pour essayer de savoir dans quel hôpital on a conduit Madame Dulyonnais. Elle le sait : pour une fois, son indiscrétion nous arrange ! Mamie téléphone aussitôt à l’hôpital pour se renseigner. Elle revient très vite, blême. Je demande : « Alors Mamie ?… » Mamie Lucie se tait puis finit par me répondre doucement :

« Elle est morte, une crise cardiaque. Elle était malade du cœur depuis longtemps. Je le savais, elle m’en avait touché un mot… »

Elle s’arrête de parler devant mon visage défait. Je suis décomposée. Je ne pleure même pas. Je dis juste que je rentre à la maison. C’est en chemin que les larmes m’aveuglent, des passants me dévisagent, certains me demandent : « ça ne va pas mademoiselle ? » Je suffoque.

 

Madame Dulyonnais avait écrit un testament, elle n’avait pas eu d’enfants, seulement des neveux. J’étais comme sa petite fille adoptive, me dit son notaire devant mes parents. Elle m’a légué toutes ses partitions, son violon et elle me laisse le soin de m’occuper du sort du chien et des chats, leur trouver une famille d’adoption ou les adopter moi-même. Mamie Lucie et papy Jean décident de garder Blanche qui est plus calme, et moi, je garde Banjo qui est plus joueur et qui sera mieux dans notre maison. Quant à ce pauvre Miolo, la question ne se pose plus, il est mort de chagrin juste une semaine après sa maîtresse.

A la messe d’enterrement, j’ai rencontré pour la première fois les neveux de Madame Dulyonnais qui venaient de loin, Paris et Lyon. Elle leur avait parlé de moi… J’ai joué en hommage à ma chère disparue le mouvement lent du Concerto de Rieding que nous avions préparé ensemble il y a longtemps pour mon entrée au Conservatoire. J’ai réussi à tenir le cap et à contenir mon émotion pour ne pas pleurer.

A partir de ce décès, je suis entrée dans une période sombre. C’était l’adolescence, le sentiment de solitude, le souvenir poignant de cette grande dame qui m’avait tant donné. Seul Banjo me consolait un peu. Gilles Carlier, voyant mon état d’esprit –renfermé, douloureux-, a repoussé mes débuts en quatuor. Il m’a juste inscrite en musique de chambre pour l’audition Mozart qui aurait lieu au printemps, pour le bicentenaire de la mort de Mozart. Je devais travailler avec Olivier Karl la sonate pour violon et piano en mi mineur. Cela me faisait du bien de travailler avec Olivier. Il avait su par Gilles Carlier la mort de Madame Dulyonnais dont je lui avais parlé quelque fois et il respectait mon chagrin. Mon jeu était comme assourdi, mon violon pleurait en dedans.

Les semaines passant, mes parents commençaient à s’inquiéter de mon quasi-mutisme et de ma mine. Je m’enfermais dans ma chambre avec Banjo et j’écoutais de la musique, principalement le Requiem de Mozart dont le « Lacrimosa » avait été chanté à la messe d’enterrement de Madame Dulyonnais. Je me mis à maigrir et à verdir :

« Mais tu es verte ma fille, s’ exclama maman. Que se passe-t-il ? Je vais en parler à ton père. Tu n’as pas mal au ventre ? »

Mon père m’ausculta le ventre, rien à signaler. Mais quelques jours plus tard, je me mis à vomir. Un jour, je suis allée à l’infirmerie du collège après avoir à nouveau vomi. L’infirmière s’est alarmée en me voyant :

« Je vais tout de suite appeler tes parents pour qu’ils viennent te chercher. J’ai peur que tu fasses une péritonite. »

Maman a quitté son travail et m’a conduite au cabinet médical de papa. Cette fois-ci à l’auscultation, il a dit :

« C’est urgent. J’appelle un confrère pour qu’on l’opère le plus vite possible. C’est une crise aiguë d’appendicite. »

Je suis arrivée l’après midi au service de pédiatrie. On m’a opérée aussitôt, mes souvenirs sont confus car je souffrais beaucoup. Le réveil a été difficile, mais dans ma chambre d’hôpital il y avait une petite fille brune aux yeux noirs, plus jeune que moi : Nina Ruska. Elle venait d’être opérée d’une double fracture à la jambe. Je l’ai entendue pleurer doucement dans son oreiller alors je lui ai demandé :

« Qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi tu pleures ? »

… et nous sommes devenues amies.

 

A suivre ...

Chapitre 6 : Nina

 

 

Murielle au violon / Chapitre 5

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #haïku, #silence, #musique

 

quelques notes de piano

qui percent le silence de la nuit

 

©nk

 

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #senryû, #musique, #violon

mon violon attend

sage le bout de mes doigts

~ de prochains frissons

 

©nk

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #haïku, #cécité, #musique

noires tes lunettes

si blanche ta canne

les couleurs de ton clavier

 

©nk

Pour le haïku en braille

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #haïku, #cécité, #musique

prête moi ton ouïe

ô toi l'accordeur de piano

je te prête ma vue

 

©nk

Pour Le haïku en braille

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #photos nk, #senryû, #musique

ton violon mamie -

ta colophane encore là

ta voix sous l'archet

 

©nk

 

Ton violon, mamie...

Ton violon, mamie...

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #poème, #musique

le piano résonne

de curieux sons atones

les accords détonnent

avec le silence doux

de la maison

 

mon âme s'étonne

de ces notes de musique

doucement j'approche

derrière le petit bonhomme

 

c'est un gamin blond et bleu

il s'appelle

il épèle

E-MMA-NU-EL

petit bonhomme  vieux de deux ans

 

ta musique est belle...

 

 

1986, 

dédié à mon petit frère Emmanuel-Dimitri

Il te ressemble quand tu avais son âge!

Il te ressemble quand tu avais son âge!

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #haïku, #musique

L'antique piano

Il parle une langue ancienne

au petit salon

©nk

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #haïku, #musique, #oiseau, #photo
Petite fête

Fête de la musique ~

écouter les oiseaux

dans le jardin paisible

@nk

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #amour, #musique, #chanson

Tu ne sauras jamais

À quel point

Je t'aime 

 

Tu ne sauras jamais

L'amour

Que tu me donnes

 

Ta musique est

Ma voix

Ton souffle est

Mon sommeil

 

Tes yeux sont

Des rivières

Qui mènent

A l'océan

 

L'océan

C'est la mer

Toujours

Ré-enchantée

 

Dans la nuit

Les oiseaux

Murmurent

Une chanson

 

Éternelle prière

D'un coeur abandonné

 

Mon amour

C'est ma vie

 

Ton amour

C'est ma joie

 

Ma maison

Ma frontière

Mon pays enchanté

 

Ton amour

C'est ma vie

 

Mon amour

C'est le coeur

Du silence habité

De toute éternité

 

©cncb

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De vous à moi...

Bienvenue sur mes lignes, ces mots sur votre écran. Attrapez-les au vol, comme vous les entendez. Posez-vous sur ces pages aux mille images. Fines enveloppes d'émotions tendues entre nous...

Je suis Natacha Karl, une "auteure en ligne" dont vous pouvez aussi découvrir les livres "Bonjour Mademoiselle" (2016) et "Les survivantes" (2017) ... poète, slameuse, écrivain, haïjine...

A votre rencontre...

- Tous les textes sont : Protégé par Cléo

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