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Les mots de Natacha.com

Les mots de Natacha.com

Des mots, des murmures, des cris, des silences, des aveux. Des mots qui claquent, se taisent dans un sourire. Poésie, slam, chanson, prose et haïkus...

Articles avec #litterature jeunesse catégorie

Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #musique, #danse, #photos nk, #Musiciennes !

 

Chapitre 1

La classe de danse

 

Je m’appelle Nina ! Nina Ruska. Rien que ça, allez-vous penser.
Mais comment faire autrement quand nos grands-parents sont
russes et nos parents des Russes assimilés français ? Voilà pour mon nom mais je le porte avec fierté.

Certains m’ont dit parfois : « Nina ? Nina ? Mais ce n’est pas un
prénom ça ! » Tiens donc ! Et Sainte Nina ! Qu’est-ce qu’ils en
font ! Encore des gens qui ne savent pas lire un calendrier !
Maman, qui se prénomme joliment Clara, me devinait sans
doute bien car elle avait remarqué très tôt mon goût pour la danse.
Elle voulait m’inscrire à six ans déjà à un cours mais je refusais
toujours farouchement. Et puis, à neuf ans, lasse de faire de
l’opposition systématique, j’ai dit à ma mère que je voulais
apprendre à danser.

Il y eut un petit examen de rentrée au conservatoire. J’avais un
peu les jambes en coton à cause de l’émotion devant les deux
professeurs de danse et le directeur ; en fait ils regardaient surtout notre morphologie, notre souplesse et cette année-là, j’ai eu de la chance car ils avaient décidé d’ouvrir une nouvelle classe pour ceux et celles qu’ils avaient baptisés « grands débutants » ; une lubie du directeur peut-être mais à neuf ans, je ne décelais pas encore toutes les petites « combines ».


Pour cette classe, ils recrutèrent douze petites filles et trois
garçons. J’allais avoir trois heures de danse et une heure et demie de formation musicale « danseurs » répartis sur toute la semaine. Comme j’ai été heureuse en découvrant avec maman mon nom inscrit sur la liste des élèves admis en classe de danse. Je serrais sa main avec émotion tout en me mordant la lèvre inférieure.

Et nous voici, samedi 25 septembre à mon premier cours de
danse. Mon professeur portait le classique chignon bas des
danseuses, elle s’appelait Madame Léna et son sourire n’était pas
naturel, on avait toujours l’impression qu’elle jouait un rôle. Elle se tenait « comme une danseuse ».

Avant de nous installer à la barre que je fixais du regard en me
demandant ce que nous allions y faire, cette dame aux yeux clairs nous décrit avec minutie notre future tenue : justaucorps jaune pâle, chaussons demi-pointes du même jaune que le justaucorps, collant chair, cheveux attachés de rigueur, ni frange, ni queue-de-cheval mais chignon bas de danseuse, les cheveux disciplinés au gel.

Toutes ces instructions me rebutent un peu ; je n’ai d’yeux que
pour la salle, les miroirs, la barre, le parquet de bois et le piano à
queue. Et Madame Léna de nous détailler notre coiffure avec
précision : elle parlait maintenant d’un ruban jaune à accrocher à
notre chignon. Elle nous voulait comme des gravures de mode, des petites filles modèles sorties des pages de « Martine petit rat de l’Opéra », un livre que maman m’avait acheté quand j’étais petite.
C’est au deuxième cours que nous avons vraiment commencé à
apprendre à danser. Un pianiste était là pour nous accompagner et rythmer nos exercices. À partir du moment où le pianiste s’installa au piano, je me sentis comme des fourmis dans les jambes, un besoin impérieux de retransmettre physiquement les émotions ressenties. C’était comme si les vibrations du sol sur le parquet de bois se communiquaient à moi. J’entendais comme dans un brouillard la voix de Madame Léna qui parvenait à peine à traverser mon émotion profonde. Je regardais devant moi dans le miroir et je reproduisais les gestes de mes camarades. C’était magique, la danse m’habitait et même les éclats de voix de Madame Léna quand elle corrigeait les postures ne m’impressionnaient pas ; j’étais ailleurs, au« Pays de la danse ».


Au bout d’une heure, il fallait redescendre sur terre et je traînais
toujours dans les vestiaires pour prolonger la magie de ces cours.
Quand je retrouvais maman dans le grand hall du conservatoire,
j’avais un sourire discret qui illuminait mes yeux. Je crois que
maman comprenait mon émotion car elle ne me posait pas de
questions sur le cours qui venait de se passer.


Cette magie dura deux mois. Je n’entendais guère la voix de
Madame Léna pour me corriger. Puis il y eut un cours public, conçu pour que les parents rencontrent les professeurs et visualisent les progrès de leur enfant. Madame Léna nous fit répéter nos exercices, d’abord au sol, puis à la barre. Ensuite, chaque parent qui le souhaitait pouvait venir lui poser des questions. Maman, qui sentait comme j’étais heureuse depuis que j’avais commencé s’est approchée de Madame Léna pour connaître son impression sur moi.


J’ai vu maman commencer à parler à mon professeur ; pendant
ce temps-là, j’étais avec mes camarades en train de faire des
clowneries devant la glace. Et soudain, j’ai entendu une phrase qui m’a glacée : « Il semble qu’elle n’écoute pas la musique. Il faut qu’elle s’applique à davantage caler son mouvement sur la
musique, etc. »

Que je n’écoute pas la musique !? J’en suis restée saisie comme
peut l’être une petite fille à cet âge, moi qui étais si heureuse de venir au cours ! moi qui étais passionnée et fascinée par tout ce qui s’y passait ! Maman ne s’est pas aperçue que j’avais surpris cette phrase de leur conversation et elle ne m’a rien dit, sans doute pour ne pas me faire de la peine car elle connaissait ma sensibilité. Mais cette phrase m’a poursuivie tout le reste de l’année scolaire. Il y avait quelque chose qui sonnait faux dans cette phrase, comme le son d’un jugement hâtif et un peu péremptoire ; j’ai eu l’impression d’une cassure.


Quand Madame Léna retouchait le mouvement d’une élève, je
la trouvais dure, cassante presque. Elle nous disait qu’il fallait aller jusqu’au bout de chaque mouvement, jusqu’à la souffrance car sinon, on ne sentait pas son corps et on n’était pas dans la danse. Je trouvais ces phrases-là effrayantes, loin de mon rêve de danse… Et sa voix qui dans les enchaînements scandait : « et un, et deux, et un, et deux… » résonnait comme un métronome agressif. Un air martial soufflait sur la classe de danse.

 

Retrouvez la suite dans Musiciennes!

ed. Mon petit éditeur

 

Musiciennes ! - Nina chef d'orchestre ! Chapitre 1

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #Musiciennes !, #parution, #littérature jeunesse
Parution de Musiciennes!

Une grande joie pour moi aujourd'hui ! La parution de mon premier roman jeunesse "Musiciennes! ", dont certains d'entre vous avaient pu lire des extraits en feuilleton il y a quelque temps. Aujourd'hui, c'est la sortie papier d'une version revue (et corrigée!), mais surtout la réalisation d'un rêve, puisque j'ai une passion pour la littérature jeunesse.

 

Nina sera-t-elle danseuse ou musicienne? Si Murielle rêve d'être violoniste, Natacha, elle, en a marre de ses parents musiciens. En tous cas, la musique tient une grande place dans leur vie. 

Suivez les toutes les trois et entrez dans mon univers de conteuse et d'écrivain pour enfants de 9 à 99 ans! Il suffit de suivre son étoile!

 

Musiciennes ! C'est comme une sonate classique en trois mouvements à écouter avec les yeux ! 
- Nina chef d'orchestre! : Allegro con brio
vif avec brillant ainsi que notre héroïne si décidée 
- Murielle au violon: Andante con espressione 
sentimental comme notre douce violoniste 
- La fugue de Natacha : Vivace con spirito
comme notre pétillante petite Natacha

 

Pour retrouver mes petites héroïnes, c'est très simple : suivez le lien ci-dessous  Mon petit éditeur, ou sur toutes les plateformes comme Amazon, Fnac etc ou chez votre libraire habituel.

Si vous souhaitez un exemplaire dédicacé, vous pouvez me laisser un message!

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Les silences de Claire, #adolescence, #photo

Epilogue 

Aquarelle

 

 

         Le docteur Ledoux ne souhaitait pas que Claire retrouve tout de suite le milieu scolaire. Etant donné son avance dans ce domaine, on pouvait bien lui donner du temps pour consolider complètement sa renaissance. Mathilde et Jean-Michel étaient totalement en accord sur ce point. Claire ne reprendrait le lycée que lorsque le docteur Ledoux le jugerait opportun.

         En attendant, vacances et bonheur au programme ! Cultiver la parole, semer des graines de petits bonheurs, grandir dans la confiance. Juliette regrettait l’absence de son amie en cours mais elles avaient pris l’habitude de se retrouver le week-end au Centre Equestre. Claire y avait fait son baptême d’équitation avec Rémi, mais surtout, elle avait trouvé une nouvelle source d’inspiration pour ses dessins : le monde du cheval était si riche et si attachant. Juliette revivait là-bas, elle aussi avait été cruellement blessée, son histoire avec Eric ayant duré quelques années. Elle semblait l’avoir oublié cet Eric de sinistre mémoire. Claire voyait avec espoir Juliette se rapprocher peu à peu de Rémi Lavallière.

         Les parents de Claire se réjouissaient que leur fille sorte avec Juliette, qu’elle fréquente le club hippique, ne serait-ce qu’en visiteuse dessinatrice ! Cela lui faisait du bien et correspondait à sa nature. Jean-Michel repartit en mission en Afrique. Quant à Mathilde, elle avait retardé son départ sur Paris le plus possible, mais maintenant, il fallait vraiment qu’elle parte pour mener toute la campagne photographique du lancement de « Etoile », le nouveau parfum d’un grand créateur parisien. Mais Luce et Georges étaient là pour veiller sur Claire. Tout le monde avait bien compris la douce nature de Claire sous sa fine écorce de silence. Plus question de lui donner l’impression de l’abandonner et de la laisser pousser toute seule comme une fleur sauvage ! Il fallait l’aimer comme un jardinier, avec vigilance et patience.

         Un petit voyage fut décidé. Georges avait une maison à Saint-Jean-de-Luz, face à la mer. Il emmena Claire et Luce, resserrant encore davantage son lien avec sa vieille amie. Une tendresse nouvelle flottait entre eux. Claire en fut ravie pour sa rayonnante grand-mère. Le soir, quand ils se promenaient sur la plage tous les trois, Claire voyait dans le couchant les silhouettes de Georges et Luce se rapprocher l’une de l’autre, leurs pas s’enfoncer dans le sable côte à côte, leurs mains se frôler…

Le charme de Saint-Jean-de-Luz inspirait Claire. Elle se mit à peindre des aquarelles, technique qu’elle n’avait que peu utilisée jusque là .L’atmosphère du petit port lui donnait envie de vivre, toute nostalgie bue dans son plongeon matinal dans la Garonne. L’océan lui offrait son souffle et sa force, elle se sentait portée. Un matin, elle peignit une scène pour Fabien : un bateau à voile orange rentrant au port dans le petit jour. Elle signa son aquarelle puis la mit dans une enveloppe. Ce n’était pas une bouteille à la mer qu’on lance avec un vague espoir au hasard des flots. Elle savait qu’à Toulouse un jeune homme attendait un signe d’elle avec impatience… alors, elle ajouta une dédicace à son aquarelle : « Pour Fabien, qui a plongé dans mon cœur »

     …et Claire sourit en écrivant ces mots.

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 1 : Une drôle de fille…………

Chapitre 2 : Le concours de dessin……

Chapitre 3 : Rencontres………………

Chapitre 4 : L’amour muet………………

Chapitre 5 : Des sentiments nouveaux...

Chapitre 6 : Le concert des Blue Cats…

Chapitre 7 : Une visite impromptue………

Chapitre 8 : Une soirée au goût amer………

Chapitre 9 : Triste lendemain……………………

Chapitre 10 : Plongée au cœur de la nuit………

Chapitre 11 : C’est vous qui avez sauvé Claire… 

Chapitre 12 : L’arrivée aux Glycines…

Chapitre 13 : Au-delà des mots……

Chapitre 14 : Claire et Nicolas……

Chapitre 15 : Renaissances....

Epilogue : Aquarelle................

 

 

Merci d'avoir suivi  Claire dans ses silences et ses renaissances!

Je vous ai présenté ici la première version de ce court roman, écrite en 2006. Il existe aussi une nouvelle version réactualisée et plus développée écrite en 2016. Peut-être trouvera-t-elle un éditeur? J'ai préféré vous présenter cette version dans toute son innocence et ses imperfections, mais aussi sa sincérité.Merci de votre lecture!

Les silences de Claire - Epilogue

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Les silences de Claire, #adolescence

 

Chapitre15

Renaissances

 

Petit à petit, Claire réapprenait la vie quotidienne dans ses échanges simples et sincères avec ses camarades de souffrance. Elle reprenait pied grâce à ses conversations avec Claire Deville, devenue une véritable amie. Elle comprenait ses maux et elle cherchait à l’aider, à la ramener à la chair de la vie dont la jeune danseuse s’était éloignée par absolu. Ainsi, elles s’aidaient mutuellement. Nicolas aussi lui apprenait à voir une nouvelle image de jeune homme : sincère dans ses errances comme dans ses attachements.

Claire Deville reprenait des forces, elle réapprenait à manger ; la zone critique était passée. Enfin, elle put recevoir quelques visites. D’abord sa mère, droite comme un i et sèche comme un sèche-cheveux. En la rencontrant, Claire comprenait comment la jeune danseuse avait pu glisser dans l’anorexie mentale. Puis elle eut une autre visite qui la réjouit bien plus que celle de sa mère : celle de son professeur de danse, Mademoiselle Angeline, une mince jeune femme aux yeux et aux longs cheveux noisette, pétillante comme un écureuil et douce comme une colombe. Juliette était venue voir Claire ce jour-là. Elles se connaissaient : Aline Angeline avait d’abord été la prof de sa sœur Nina avant d’en devenir la confidente Elle était aussi la confidente de Claire Deville. Sa visite lui a redonné le sourire. Le soir venu, elle confia à sa compagne de chambre :

«  Je danserai à nouveau ! J’y arriverai, j’en suis sûre ! Mademoiselle Angeline ne me laisserait pas espérer en vain si elle ne croyait pas en moi !

-J’en suis sûre Claire ! » lui répondit son amie, heureuse de voir la jeune anorexique retrouver de l’énergie.

Elle-même ne s’en rendait pas compte mais elle aussi était en train de changer : la douleur de l’épreuve subie s’estompait, le fantôme de Victor se dissolvait dans son âme ; désormais, elle communiquait mieux qu’avant. Elle ne se refermait plus aussi souvent dans ses silences lointains et mystérieux. Si elle gardait intacte sa grande faculté d’écoute et de regard, elle s’était mise à s’exprimer enfin, plus librement, plus simplement. Elle ne dessinait plus en cachette. Elle arrivait à montrer ses dessins, à sa mère par exemple dont avant elle redoutait le regard critique et acéré. Elle lui donnait un dessin, lui disant son titre et ce faisant, elle révélait des choses d’elle-même. Luce et Mathilde souriaient.

Une nouvelle Claire était en train de naître, moins farouche, plus présente, plus confiante. Comme si les trahisons vécues lui avaient révélé le visage de la sincérité et le moyen de le déceler sous les masques de la peur ou du mensonge. Justement, elle pensait à un visage qu’elle avait dessiné de mémoire : le visage du jeune homme qui l’avait sauvée de la noyade. L’intensité de ce moment où elle était littéralement noyée sous un flot de sentiments complexes et douloureux ne l’avait pas empêchée de photographier mentalement les traits de son sauveteur. Luce lui apprit qu’il était interne aux urgences de l’hôpital où on l’avait conduite après sa tentative de suicide. Claire demanda à lui parler. Le docteur Ledoux ne vit aucune objection à ce que Claire entre en contact avec Fabien Montalvat. Elle tenta sans succès de le joindre au téléphone pendant son service.

Elle était arrivée aux Glycines depuis quinze jours. C’était le tout début de l’après-midi, quand les doux rayons du soleil viennent baigner de douceur la chambre où l’on se repose. On frappa à la porte. Roselyne lui annonça :

« Claire Laforêt, tu as une visite ! »

Et Claire vit s’encadrer dans la porte la haute silhouette de Fabien Montalvat. Elle reconnaissait ses traits, son sourire direct, ses yeux noirs intenses. Elle ne se souvenait pas qu’il était si grand… et si beau… Il lui tendit un bouquet de roses :

« Bonjour mademoiselle Laforêt…J’ai appris que vous aviez cherché à me joindre à mon travail alors j’ai pris la liberté de venir vous rendre visite. Je ne vous dérange pas ?

-Non, pas du tout au contraire, bredouilla Claire. Merci beaucoup pour les fleurs… »

Claire, rougissant un peu, se mit à chercher un vase pour les arranger, le temps de retrouver une contenance.

En fait, Fabien vint à son aide. Il revint du bureau des infirmières avec un joli vase bleu en céramique. Il était très naturel, et chose étonnante pour Claire, il agissait avec elle comme s’ils étaient amis de longue date. Il s’était présenté avec humour :

« Voilà, je m’appelle Fabien, je suis un « vieux » de vingt-quatre ans, interne aux urgences. J’ai eu la bonne idée de rentrer par les quais le matin du 2 janvier … »

Il lui sourit d’un grand sourire complice et presque tendre. Au bout d’un quart d’heure, ils se tutoyaient tous les deux, il avait regardé les dessins de Claire avec beaucoup d’attention et de finesse dans ses remarques. Il lui dit tout à coup :

«  J’ai un peu de temps devant moi. Tu veux qu’on se promène un peu dans le parc, qu’on cueille des fougères et des branches pour rendre mon bouquet plus sauvage ? Pour qu’il te ressemble plus… »

Claire rit :

«  Alors tu me trouves un peu sauvage ?

- Oui … ce sont les jeunes filles un peu sauvages qui prennent des bains au petit matin dans la Garonne, non ? »

Il avait une manière d’évoquer ce souvenir douloureux qui en transformait la nature : ce deux janvier devenait le jour de leur rencontre et c’était ce qui importait maintenant. Un hasard providentiel qui les avait fait se rejoindre. Comme Claire trébuchait sur des branches, Fabien la retint par le bras. Il lui prit la main, en toute simplicité, en toute douceur. Claire marchait dans les allées du parc qu’elle connaissait par cœur avec le sentiment de les découvrir pour la première fois, comme si Fabien et elle s’étaient lancés à l’aventure dans une belle forêt profonde. Les allées familières prenaient des allures de sentiers nouveaux parce qu’elle y avançait avec Fabien et qu’elle ne s’était pas sentie aussi

bien depuis…un autre temps.

         Quand Fabien la quitta, son sourire demeura en elle, avec la promesse de se revoir.

Le lendemain, le docteur Ledoux donna son feu vert : Claire pouvait quitter les Glycines. Ses silences n’étaient plus des abîmes, juste des pauses pour respirer et penser librement, la forme de son indépendance.

 

A suivre ...

Les silences de Claire - Chapitre 15

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Les silences de Claire, #adolescence, #photo

Chapitre 14

Claire et Nicolas

 

 

 

         Au quotidien, une journée à la Clinique des Glycines se vivait sur un rythme à deux vitesses : un rythme lent pour les patients, plus ou moins englués dans leurs souffrances psychiques, certains murés dans un silence opaque, d’autres agités et bavards ; et le rythme du personnel soignant, menant tambour battant leur troupeau de patients, la baguette plus ou moins souple suivant leur personnalité. Roselyne, l’infirmière qui avait accueillie Claire le premier jour, était d’une étoffe rare : douce  et ferme à la fois, sachant écouter sans jamais dépasser les limites de la douleur du patient. Claire se sentait en confiance avec elle. Roselyne l’incitait à dessiner et à se promener le matin pendant l’heure autorisée avec d’autres patients de sa génération : Claire Deville, sa compagne de chambre, et Nicolas Belingeais , un jeune garçon de dix-neuf ans, les cheveux bouclés et des yeux bruns tendres.

Claire, sous la douce injonction de Roselyne, accepta de sortir se promener avec eux. Elle se sentait protégée entre eux deux, et leurs souffrances, bien que différentes, créaient un lien entre eux, une possibilité de se dire, de communiquer très vite sur l’essentiel à demi-mot. Pour Claire, ce type de complicité, noué depuis les profondeurs, était inédit. Mais elle sentit que c’étaient de vrais liens, quelque chose d’indicible et d’inoubliable, de l’ordre de la communion. Claire se disait tout cela, pendant qu’elle marchait silencieuse, aux côtés de Claire et Nicolas. Claire avait cru comprendre que Nicolas avait un problème de drogue. Un matin, il lui avait juste glissé :

« Oh moi…je n’avais pas assez envie de vivre pour avoir envie de mourir. »

Il était grand et très mince lui aussi, moins malingre que la diaphane Claire Deville. Claire sentit qu’entre ses deux nouveaux camarades, il existait un lien particulier, quelque chose comme de l’amour. Mais ils étaient très réservés par rapport à cela. Un soir cependant, dans leur chambre, Claire Deville  se confia à elle, lui confirmant ce qu’elle avait deviné :

«  Nicolas et moi, on est amoureux ; mais on reste discrets pour éviter les embrouilles avec les autres ou le personnel médical, qu’ils ne se mettent pas à nous surveiller ou à nous séparer en le changeant d’étage…

- Ah bon, tu crois qu'ils feraient ça?

- Oui, ça peut très bien arriver. Nicolas est là depuis un mois et il a vu comment le personnel avait séparé deux amoureux. Bon ils ont leurs raisons mais on a le droit de s'aimer quand même !En tous cas, il vaut mieux rester discrets.

- Oui je comprends.

Pendant leurs promenades, Claire ramassait des cailloux qu’elle trouvait jolis, des feuilles aux jolies découpes ou aux couleurs intéressantes, de la mousse, de l’écorce et elle reconstituait dans leur chambre une nature en miniature. Et puis elle dessinait. Le docteur Ledoux l’interrogeait sur ses dessins, ils avaient trouvé ainsi une manière de communiquer pour que Claire sorte enfin de ce silence où elle s’était recluse. Les couloirs l’étouffaient, elle fuyait le salon enfumé et bruyant où devant la télévision des patients s’abrutissaient, sans la regarder, fumant cigarette sur cigarette.

Elle avait hâte de voir arriver l’après-midi, ses deux parents ou sa mère et Luce. Un jour, Luce lui apporta une lettre de Juliette. Les mains tremblantes, elle décacheta l’enveloppe ; sur une magnifique carte représentant la terre vue du ciel photographiée par Arthus-Bertrand, Juliette avait écrit de sa jolie écriture ronde :

«  Pardon Claire de t’avoir fermé ma porte un instant  et d’avoir retourné mon chagrin contre toi ce maudit soir. J’ai bien vite compris que tu ne méritais pas que je me détourne de toi, même un seul instant. Seul ce Eric de malheur était entièrement fautif. Je me suis souvenue de plein de choses, et je me suis rendue compte qu’il me menait en bateau, ce que tu avais toujours pensé. Ta grand-mère m’a dit que tu lui avais souvent exprimé tes doutes sur lui.

Oh Claire, j’aimerais tant pouvoir t’aider et venir te voir ! Tu es ma meilleure amie et ensemble on oubliera les faux amis !. Soigne- toi bien et guéris vite ma douce Claire. A très bientôt j’espère. Dès qu’on me donnera le feu vert, je fonce te voir ! Bisous.

Ton amie, Juliette.

PS : Tu me parleras de Victor si tu le veux »

 

Une semaine était passée, Juliette n’avait pas encore eu le droit de venir rendre visite à Claire, mais sa lettre avait rassuré Claire, elle lui faisait retrouver le chemin de la confiance dans les mots de l’amitié. Et pour les mots d’amour, en face de Claire et Nicolas, elle ressentait qu’une vérité des sentiments existe et qu’elle peut être exprimée. Victor n’était qu’un faussaire, jonglant avec les mots et les sentiments pour faire de belles balles, de bonnes rimes pour ses chansons. Comme le chat qu’il avait dessiné – ce dessin qui avait impressionné Claire-, il attrapait les autres à son jeu de chat et souris pour satisfaire ses appétits, se repaître de pureté pour nourrir son inspiration. Un faussaire, un vampire ! C’est ainsi que Claire l’avait vu dans un cauchemar qu’elle avait raconté et analysé avec Marie, la psychologue.

Claire sortait peu à peu de la phase critique de silence. Le docteur Ledoux élargit les visites autorisées et Juliette, accompagnée par Luce, put enfin venir voir Claire. Les deux jeunes filles se tombèrent dans les bras, mais elles continrent leurs larmes d’émotion. C’est la joie qui dominait. Elles sont allées marcher dans le beau parc ; puis, assises sur un banc, elles ont parlé pour la première et dernière fois de Victor. Claire dit à Juliette d’une voix douce mais résolue :

«  C’est fini maintenant. J’ai compris. Le Victor dont j’étais amoureuse, c’était un rêve. Le vrai Victor…il n’existe plus pour moi. L’amour, ça doit être totalement réciproque, sinon c’est… du vent » acheva-t-elle dans un souffle.

Juliette ajouta pour conclure :

«  Il est venu me voir au lycée pour savoir comment tu allais. Je lui ai dit qu’il aurait mieux fait de s’en soucier le 31 décembre et qu’il valait mieux qu’il retourne à sa Marilyn puisqu’elle était si irrésistible ! »

Claire esquissa un petit sourire de convalescente, l’air encore un peu absente. Mais Juliette faisait des projets :

«  Je t’emmènerai à mon club d’équitation si tu veux quand tu sortiras. Rémi Lavallière, tu te souviens de lui ?

- Oui il est très sympa;

- Il me demande de tes nouvelles. Il se dit prêt à te faire faire ton baptême d'équitation. TU aimerais?

- Pourquoi pas?

 

 

A suivre...

 

 

Photo : Joséphine Cardin

Photo : Joséphine Cardin

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Les silences de Claire, #adolescence, #photo

Chapitre 13

Au-delà des mots

 

 

 

Pendant ce temps, Luce rentre chez elle, soutenue par Georges dans cette épreuve. Les murs blancs des hôpitaux, elle les a trop vus pendant la longue maladie de Marcel, son mari. Depuis sept mois qu’il s’est éteint, elle n’avait plus remis les pieds dans un hôpital jusqu’à aujourd’hui… oh quelle terrible journée ! Elle a hâte que Mathilde et Jean-Michel arrivent pour partager avec eux le fardeau de sa peine et de son inquiétude. Ah son pressentiment envers Victor était juste… ! Mais comment expliquer la profondeur du chagrin de Claire, l’abîme dans lequel elle a été plongée en une seule maudite soirée ? Alors elle s’interroge tout haut devant Georges :

« Qu’est-ce qu’on n’a pas vu ? Quelles souffrances nous a-t-elle cachées ? »

Georges tente de l’apaiser, de lui faire envisager l’avenir : la guérison des blessures. Mais Luce lutte contre elle-même, contre le remords de n’avoir pas pu anticiper sur l’événement, le remords de ne pas avoir su protéger Claire… Le téléphone sonne, venant interrompre le cours douloureux des pensées de Luce. C’est Mathilde. Ils prennent l’avion cette nuit, ils seront à l’aéroport de Toulouse demain à huit heures. Georges se propose pour venir les chercher avec Luce. Il en  est décidé ainsi. Luce se sent un peu mieux. Puis, c’est Juliette qui appelle. La pauvre gamine ! Elle aussi est bouleversée par tout ce qui s’est passé en si peu de temps. Elle demande :

« Est-ce que Claire va mieux ? Quand est-ce que je pourrai aller la voir ? »

Luce ne peut pas encore lui répondre à ce sujet, elle lui dit seulement :

«  Ecris- lui si tu veux. Je pourrai lui faire passer ta lettre.

- Oh oui merci… (Juliette pleure)

- Ne pleure pas Juliette… Tu n’y es pour rien. Claire t’aime beaucoup, tu es sa seule vraie amie, tu comptes beaucoup pour elle. Vous allez bientôt vous retrouver et oublier tout ça. »

Devoir réconforter la petite Juliette  a eu un effet bénéfique sur Luce : elle-même arrive mieux à surmonter le choc de ces deux derniers jours ; et Georges est si affectueux. Par sa présence calme, il lui redonne des forces. En la quittant, il la serre fort dans se bras :

«  ça va aller ma Luce ? Je peux te laisser ?

- Oui, oui, tu en as déjà tellement fait.

- C’est naturel… A demain matin !

- A demain, Georges ! »

 

Le lendemain, Georges retrouve le sourire de Luce, elle lui dit avoir mieux dormi, rassurée en définitive que Claire soit suivie par une équipe médicale. A journée nouvelle, nouvel espoir. Mathilde et Jean-Michel arrivent. Tous les deux par contre ont l’air défait : entre la tentative de suicide de leur fille et le décalage horaire, ils sont moulus. Mais là encore, la présence de Georges fait merveille : il est l’ami médecin qui connaît les problèmes et rassure d’autant mieux qu’il n’est pas dans l’inconnu.

« L’adolescence est un passage, dit-il, critique pour certains. Et chez Claire, avec son intelligence et sa sensibilité, tout prend un relief particulier. »

Il ajoute :

« Le docteur Ledoux vous en ira davantage. C’est un excellent psychiatre qui connaît particulièrement bien les problèmes de l’adolescence. »

 Luce répond ensuite à toutes les questions que se posent Mathilde et Jean-Michel ; ils veulent connaître tous les détails de ces derniers jours. Georges les raccompagne à leur domicile, il veut les laisser en famille. C’est Mathilde qui le retient :

« Restez Georges, si vous le voulez bien. Vous êtes à votre place ici avec nous. »

Georges reste. Luce s’en va à la cuisine préparer le petit déjeuner pendant que Mathilde et Jean-Michel se reposent au salon.

« Reposez-vous maintenant, leur dit-elle. Le docteur Ledoux devait voir Claire dans la matinée. En attendant que nous ayons des nouvelles de la clinique, nous allons déjeuner. »

Mathilde, épuisée moralement et physiquement, se repose sur sa mère. Tout à l’heure, quand ils sont arrivés dans l’appartement, elle est allée dans la chambre de Claire et s’est mise à pleurer. Jean-Michel l’y a retrouvée, il l’a serrée dans ses bras :

« Viens ma chérie… Ne reste pas là. C’est un moment difficile mais Claire va s’en sortir. Tu dois y croire ! Nous devons tous y croire. »

Sébastien, appelé à Paris, est resté sidéré ; lui, si causant d’ordinaire, ne trouvait pas de mots. Il a fini par dire :

« Quand je pense à toutes mes plaisanteries idiotes chaque fois qu’il l’appelait au téléphone ! » Puis il conclut, violent : « Quel salaud, ce mec ! »

 

En fin de matinée, Jean-Michel a appelé la Clinique des Glycines : le docteur Ledoux a confirmé le diagnostic de Georges : hyper sensibilité, intelligence supérieure, deux raisons de ressentir les choses plus fort et de souffrir plus que les autres. Le docteur Ledoux reçut les Laforêt dans l’après-midi. Il affina sa description de la souffrance de Claire :

« Son intelligence aiguise son regard et son ressenti. Elle retourne la souffrance subie contre elle-même, comme si elle se jugeait responsable du mal qu’on lui a fait. Il va lui falloir faire un travail de déculpabilisation pour pouvoir oublier cette souffrance. Nous allons l’y aider avec la psychologue Marie Fontaine et également par un traitement médicamenteux : un anti-dépresseur à effet rapide que nous avons déjà commencé à lui donner et un somnifère léger pour faciliter son endormissement. Le sommeil a évidemment des vertus réparatrices et comme Claire a des perturbations du sommeil depuis la crise, il faut l’aider à retrouver une bonne qualité de sommeil, qu’elle n’ait plus à lutter pour ça.

-Très bien docteur, intervint Mathilde d’une voix altérée. Mais quand est-ce que Claire va pouvoir rentrer à la maison ?

- Pour l’instant, ce serait prématuré. Il convient de garder Claire dans un milieu protégé mais ne vous inquiétez pas, vos visites sont autorisées dès aujourd’hui. En milieu de semaine, quand je reverrai Claire, je verrai si nous pouvons élargir le cercle des visites à ses proches autres que vous et sa grand-mère. »

Mathilde trouvait le docteur Ledoux un peu trop distant, clinicien disons. Mais Jean-Michel la rassura. Le discours du psychiatre était encourageant et il avait aimé la franchise et le regard direct du médecin. Ils sont allés ensuite retrouver Claire dans sa chambre. Son père lui a offert le bouquet de magnifiques roses rouges qu’ils avaient choisi pour elle. Mathilde entoura sa fille de ses bras en balbutiant :

«  Ma toute petite… Claire, ma toute belle… »

Les yeux de Claire se remplirent de larmes, l’émotion de revoir ses parents et ces mots « ma toute belle ». Cela ressemblait trop aux mots de Victor : ces mots qu’elle avait crus et qui s’enfonçaient dans sa mémoire comme un scalpel affûté : « ma très belle »… Les mots avaient perdu leur sens, elle se sentait séparée de ses parents par une vitre étanche où les mots seraient dissous avant de parvenir à ses oreilles. Elle regardait ses parents et demeurait silencieuse, toutes les paroles qu’elle aurait pu dire bloquées dans sa gorge douloureuse.

Mathilde et Jean-Michel s’en aperçurent. Ils conduisirent Claire dans le parc ; ils la soutenaient chacun d’un côté. Claire marchait lentement, les yeux noyés, fragile entre leurs mains comme un nouveau-né.

 

 

A suivre...

Solitude par Loui Jover

Solitude par Loui Jover

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Publié le par Natacha Karl
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Chapitre 12

L’arrivée aux Glycines

 

 

Deux janvier. Dix-huit heures. Luce se trouve avec Georges aux admissions de la Clinique des Glycines. L’établissement fait une bonne impression à Luce, les locaux sont repeints à neuf, il y a un beau parc tout autour de la clinique. Cela la réconforte en plus de la présence de Georges. Le médecin s’est fait son chevalier servant ; veuf comme Luce, il a décidé de l’accompagner dans toutes ses démarches, de ne pas laisser sa vieille amie seule avec sa détresse. La dignité dont elle fait preuve dans son chagrin le touche beaucoup. Il l’a toujours beaucoup estimée mais ces deux derniers jours, il s’est encore rapproché d’elle.

         L’ambulance qui conduit Claire vient d’arriver. La jeune fille en descend, faible, sa perfusion au poignet, vêtue d’une chemise blanche de l’hôpital, un gilet blanc jeté sur ses épaules. Elle sourit à sa grand-mère à travers ses larmes. Une infirmière blonde et souriante accueille la jeune fille :

« Bonjour Claire. Nous t’attendions. Je suis Roselyne, infirmière. Je vais te conduire à ta chambre. Tu seras avec une jeune fille un peu plus âgée que toi qui se prénomme Claire comme toi. Suivez nous madame Ramon. Vous pouvez venir le temps que Claire s’installe. »

         Arrivées dans la chambre, peinte en jaune pastel, l’infirmière s’adresse à la jeune fille blonde, fine, presque translucide tellement elle est maigre, qui est allongée sur le lit de gauche :

« Claire, je te présente Claire, ta nouvelle voisine de chambre. Je vais vous laisser faire connaissance toutes les deux. »

Les deux Claire se saluent tout doucement. L’infirmière enlève à Claire sa perfusion tout en lui expliquant qu’un médecin passera la voir en début de soirée.

«  Je te laisse t’installer maintenant. Le dîner est servi à six heures et demie dans la salle à manger. Claire te montrera. A tout à l’heure. Madame Ramon, vous pouvez rester avec votre petite fille juste un instant. »

         Luce donna à Claire le sac qu’elle lui avait préparé en essayant de lui mettre ses affaires préférées. Elle lui tendit Cannelle, son petit ours en peluche et posa un carnet de croquis et une trousse de crayons de couleurs sur la table de nuit.

«  Ma petite Claire, je dois m’en aller maintenant mais je t’appellerai demain matin. Tes parents sont prévenus, ils vont venir te voir dès que possible. Sois courageuse ma choute. Nous sommes là. »

         A reculons, Luce s’en va, laissant les deux Claire dans leur chambre. Georges la soutient :

« Elle va être prise en charge par le docteur Ledoux. Quelqu’un de très bien. Elle ne restera pas ici longtemps, sois en sûre.

- Oh j’espère… dire que demain c’est son anniversaire… fêter ses seize ans à l’hôpital, dit Luce  avec une voix qui se brise.

- Ne t’attache pas aux dates comme ça… Elle en aura bien d’autres des anniversaires. L’essentiel, c’est qu’elle reprenne vite des forces. Elle sera bien ici. Tu verras, ça va aller vite. »

 

Pendant que Georges s’attachait à réconforter Luce et la raccompagnait chez elle, Claire s’était assise sur son lit, son ours dans le creux du cou. Sa jeune voisine de chambre avait l’air très douce et perdue. Elle s’appelait Claire Deville et était anorexique. Elle se présenta à Claire en quelques mots pour partager leur peine respective :

«  J’ai dix-neuf ans. Je suis anorexique depuis deux ans…ça fait quinze jours que je suis arrivée mais je n’ai pas encore été autorisée à voir ma famille. C’est à cause de mon problème… Mais pour toi, rassure toi, cela sera sans doute différent puisque déjà, ils ont autorisé ta grand-mère à t’accompagner.

- Je ne sais pas.

- Tu veux me dire pourquoi tu es là ? » lui demanda Claire Deville avec beaucoup de douceur.

Claire répondit :

«  J’ai voulu mourir… enfin je ne sais pas…mais ce qui est sûr, c’est que je me

suis jetée du haut d’un pont ce matin… Je ne savais plus où j’en étais »

Ses yeux s’emplirent de larmes. Claire intervint avec délicatesse :

«  Allez, va, n’en parlons plus pour le moment… Je vois que ta grand-mère t’a apporté des crayons de couleur ? Tu dessines ?

- Oui… c’est ma passion…

- C’est bien. Tu me feras un dessin ?

- Oui, si tu veux.

- Moi, ma passion, c’est la danse classique. » Et mise en confiance, elle se mit à lui raconter toute son histoire :

« Ma mère est professeur de danse, tu vois. J’ai commencé la danse à quatre ans. Je voulais être une ballerine professionnelle. Alors, j’ai commencé très jeune à faire attention à tout ce que je mangeais… pour ne pas grossir tu comprends… à cause de la danse…En plus ma mère était très sévère là-dessus. A la fin, c’est devenu une obsession. Il y a deux ans, j’ai fait une poussée de croissance…

-Tu sais, tu n’es pas obligée de tout me raconter si c’est trop dur, dit Claire, voyant les traits de l’autre Claire se contracter douloureusement.

- Si, j’ai confiance en toi. On peut se comprendre toutes les deux, j’en suis sûre.

- Oui, je crois.

- Ce qui s’est passé, c’est qu’à partir de mes dix-sept ans, j’étais moins fine, ça m’a déstabilisée, alors petit à petit,  je suis devenue anorexique. Le vrai cercle vicieux. Ma mère s’et mise à crier dans l’autre sens « squelettique ! une danseuse squelettique ! mais tu n’y arriveras jamais ! ». Il y a quinze jours, je suis tombée dans les pommes à mon cours de danse et je me suis retrouvée ici. Mais tu vas voir, le docteur Ledoux et Marie la psychologue sont très sympas. On peut leur  faire confiance. »

A ce moment-là, on toque à la porte, et une infirmière, une petite brunette un peu sèche, leur dit avec brusquerie :

«  Au repas ! C’est l’heure ! Claire tu le sais ! Tu dois être à l’heure ! Ne nous force plus à devoir venir te chercher ! »

Un peu étonnée de voir sa douce camarade ainsi rabrouée, Claire se dépêcha d’enfiler son pull et sa salopette. Elle ne voulait pas arriver dans la salle à manger vêtue de sa chemise d’hôpital. Escortée de Claire, qui, debout, lui apparut encore plus fragile et diaphane, elle se dirigea vers la salle à manger à la rencontre des autres patients.

 

à suivre...

 

 

 

Les silences de Claire - Chapitre 12

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Les silences de Claire, #adolescence, #photo

Chapitre 11

«  C’est vous qui avez sauvé Claire… »

 

 

 

Il est six heures et demie quand Luce se réveille dans l’appartement silencieux. Elle n’a pas bien dormi, inquiète dans son sommeil pour sa petite fille. A la cuisine, elle boit un verre d’eau, puis va voir dans la chambre si Claire dort encore. Personne ! Le lit est à peine défait, les habits qu’elle portait hier ne sont plus sur la chaise ! Luce a un coup au cœur. Non, ce n’est pas vrai ! Elle n’est pas encore partie sans prévenir dans la nuit ! Où est-elle donc passée ? Luce tombe sur le lit et réfléchit. Il faut appeler les hôpitaux, le commissariat… si Claire a fait une bêtise… et dans l’état où elle était hier, il est bien possible hélas qu’elle soit partie à la dérive… Tout à coup, le téléphone perce le silence de l’appartement. Luce court presque pour décrocher. C’est l’hôpital ! Une standardiste lui annonce sans ménagements :

« Madame Luce Ramon ? Votre petite fille Claire Laforêt est au service des urgences. Elle est arrivée tout à l’heure après une tentative de suicide. »

Luce s’écrie avec stupeur :

«  Ce n’est pas possible… Claire… »

La standardiste reprend sur un ton plus compréhensif :

« Ne vous inquiétez pas, madame. Le danger est écarté. Pouvez-vous vous rendre à l’hôpital ? Nous avons besoin de vous voir.

- J'arrive tout de suite.

Luce raccroche, le souffle court. Elle appelle Georges, elle ne se sent pas le courage d’ aller seule à l’hôpital. Elle a les jambes coupées. Son ami arrive très vite et ensemble ils partent pour l’hôpital. A l’accueil, Luce se présente :

«  Luce Ramon. Ma petite fille Claire Laforêt est ici aux urgences. On m’a appelée tout à l’heure.

- Oui madame. Attendez un instant en salle d'attente à droite. Le docteur Guillaume va venir vous chercher.

En l’attendant, Georges serre la main de Luce et l’encourage :

« Le plus dur est passé Luce. Claire ne peut que remonter maintenant. Tu vas voir. »

Un instant plus tard, le docteur Guillaume se présente devant eux avec un sourire chaleureux et rassurant.

«  Bonjour. Madame Ramon ?

- Oui.

- Votre petite-fille nous a donné vos coordonnées.Rassurez-vous, elle est hors de danger. Venez avec moi, nous allons parler ensemble pour comprendre ce qui s'est passé.

Une fois dans son bureau, le docteur Guillaume reprend :

«  Claire a fait ce matin vers six heures une tentative de suicide. Le docteur Montalvat, interne dans notre service, l’a repêchée ce matin dans la Garonne.

- Mon Dieu... dit Luce dans un souffle.

- Avez-vous une idée de ce qui a pu motiver son geste?

- Oui, je crois que c'est réactionnel à un choc affectif survenu dans la nuit du 31 décembre.

- Je vois. L'état physique de Claire est stabilisé; ce qui m'inquiète un peu, c'est au niveau psychologique : son état de prostration. Je crois qu'il serait préférable de l'hospitaliser quelques jours dans un service spécialisé. Ses parents ne sont pas là?

- Non, ses parents sont à New-York; elle est sous ma responsabilité. Voici le docteur Aymar, un ami de la famille qui connaît bien Claire. Qu'en penses-tu Georges?

- Effectivement je suis d’accord avec le docteur Guillaume, d’autant plus que j’ai constaté combien Claire est abattue hier après-midi déjà. Il faut passer le cap de quelques jours, garder Claire en observation pour qu’elle ne risque pas de se remettre en danger et que toi-même tu puisses te tranquilliser.

- Je peux vous proposer l’hospitalisation dans le service de psychiatrie de l’hôpital ou à la Clinique des Glycines.

- La Clinique des Glycines est bien, Luce, intervint Georges. Je crois que c’est là que Claire serait le mieux, c’est une petite structure à taille humaine.

- C’est d’accord pour la Clinique des Glycines, docteur Guillaume, dit Luce. Puis-je voir Claire maintenant ?

- Oui, elle est endormie à présent. Nous allons la faire transporter à la Clinique dans l’après-midi. Vous pourrez la voir un peu plus longuement tout à l’heure lors de son admission. Je vous accompagne maintenant auprès d’elle. »

Luce pénétra dans la chambre où Claire était endormie, sous sédatifs, une perfusion au bras. Sa grand-mère fut profondément émue de la voir ainsi, si blanche, au milieu de tout ce blanc hospitalier. Elle resta un instant, la regardant dormir et écoutant sa respiration régulière, ce qui la rasséréna un peu. Elle déposa un baiser sur le front de sa petite fille et quitta la pièce au bras de Georges Aymar. Dans le couloir, un jeune interne se présenta à elle, grand, solide :

«  Bonjour  madame. Je suis Fabien Montalvat. C’est moi qui…

- C’est vous qui avez sauvé Claire ! l’interrompit Luce les yeux brillants d’émotion. Je ne sais pas comment vous dire toute ma reconnaissance…

- Je suis passé par là au bon moment, dit Fabien avec une simplicité qui toucha profondément Luce. Ne vous inquiétez pas trop madame. Votre petite fille est jeune, elle va vite se remettre.

- Merci…je l’espère… On la conduit cet après-midi à la Clinique des Glycines.

- Elle y sera très bien. Je connais cet établissement, l’encadrement médical et psychologique y est de très bonne qualité. Au revoir et bon courage à vous.

- Merci docteur, lui dit Luce avec reconnaissance et sympathie.

 

                Soutenue par Georges, Luce sortit de l’hôpital. Ils s’installèrent dans un café pour prendre le petit déjeuner. Luce dit :

«  Cette fois, il faut que j’appelle Mathilde et Jean-Michel à New-York. La situation est devenue trop grave.

- Effectivement, il vaut mieux qu’ils rentrent le plus tôt possible. Claire va avoir besoin du soutien affectif de tous ses proches. Et pour toi aussi ce sera plus facile Luce. »

Epuisée par la tension accumulée depuis la veille, Luce craqua et se mit à pleurer. Georges l’entoura de ses bras en lui murmurant :

«  Je suis là Luce, je suis avec toi. » et il lui essuya une larme avec le dos de sa main.

 

à suivre

Loui Jover : Papier usé et encre noire

Loui Jover : Papier usé et encre noire

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Les silences de Claire, #adolescence, #photo, #suicide

Chapitre 10

Plongée au cœur de la nuit

 

 

 

Deux janvier. Cinq heures du matin. Je vais avoir seize ans demain, se dit Claire en se réveillant de son étrange sommeil  où elle n’ a cessé de revoir les images bouleversantes du 31 décembre : l’étreinte forcée de ce misérable Eric, qu’elle déteste complètement désormais. Et surtout en surimpression, le couple insupportable à regarder : Victor et Marilyn. L’alcool, le shit, les manœuvres de séduction. Oh pourquoi ? gémit Claire en silence. Et Juliette ? Oh ma Juju, pourquoi ne m’as-tu pas ouvert ? Pourquoi m’as–tu rejetée ?

La nuit est encore noire. Claire se souvient de cette nuit si douce, si belle, quand Victor lui avait dit qu’il l’aimait. Les images se superposent dans sa tête, le sourire de Victor quand il l’a embrassée pour la première fois et son visage du 31 décembre, un Victor inconnu, jouisseur, serrant Marilyn dans ses bras. Claire n’en peut plus de voir défiler ces images. Sa chambre l’étouffe. Elle a mal. Elle enfile son pull et sa salopette, puis dans l’entrée ses boots et son duffle-coat. Sans bruit, elle quitte l’appartement et s’en va au hasard dans les rues. Il fait froid, ses larmes lui brûlent les joues. Elle va jusqu’au lycée, puis passe devant le conservatoire, traîne jusqu’aux quais de la Garonne. Elle n’a même pas entendu les appels que lui ont lancé des clochards éméchés.

Murée dans son chagrin, elle avance inexorablement vers la Garonne. Du pont sur lequel elle s’est arrêtée, elle voit l’appartement de Luce, la terrasse si jolie avec son jasmin d’hiver. Puis elle regarde la Garonne à ses pieds, le vide l’appelle. Elle glisse, elle tombe, elle ne voit même pas que le jour  va se lever. Elle a enjambé la balustrade et se laisse engloutir par l’eau noire et froide. Elle rejoint le vide glacé qu’elle éprouve. Le silence enfin.

 

«  C’est pas vrai ! Elle s’est jetée à l’eau ! Non ! »

Celui qui s’exclame ainsi, c’est Fabien Montalvat, un jeune interne qui rentre de sa garde à l’hôpital. De sa voiture, il a repéré la jeune fille seule sur le pont et quand il s’est engagé sur le pont, elle venait de se jeter à l’eau. Instantanément, il arrête sa voiture, met les warning, descend en trombe et saute à son tour dans l’eau pour repêcher la jeune fille. Heureusement qu’il est taillé comme un judoka, il attrape Claire qui, trempée, est lourde comme un poids mort. Il finit par arriver jusqu’à la rive. Un vieux monsieur matinal, qui promenait son chien, prête main forte au jeune homme pour sortir Claire de l’eau.

« Prenez ma main mademoiselle »dit-il.

Fabien la pousse, le vieux monsieur la tire, et Claire sort enfin de l’eau quasi-inerte, ses dents claquent. Fabien court à sa voiture, appelle le SAMU, revient avec sa sacoche et un plaid dont il entoure la jeune fille.

«  Elle est en hypothermie et en état de choc »dit-il aux urgentistes qui arrivent. Fabien les suit avec sa voiture, on conduit Claire aux urgences, à ce même hôpital qu’il vient de quitter. Impossible d’aller se coucher même si son temps de travail est normalement fini. Il ne peut oublier les yeux noyés de cette jeune fille si belle et si désespérée. On va la sortir de là ; des cas désespérés, il en voit tous les jours. Elle a été secourue à temps. Heureusement qu’il passait par là. Qui est-elle ? Elle n’a pas encore dit son nom. Qu’est-ce qui l’a poussée à cet acte suicidaire ? Ce sont toutes ces questions qui se bousculent dans sa tête pendant le trajet vers l’hôpital. Il revoit le visage de la jeune fille, émouvante comme un oiseau blessé.

 

 

      à suivre...

Les silences de Claire - Chapitre 10

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Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Les silences de Claire, #adolescence, #amour, #photo

Chapitre 9

           Triste lendemain

 

 

Il fait très beau en ce premier janvier… Luce s’en réjouit en ouvrant ses volets et en regardant le soleil miroiter sur la Garonne. Elle n’appelle pas Claire car elle se figure que la fête a dû se terminer tard, ou disons mieux, peut-être même tôt ce matin ! De toute façon, Claire lui a dit que c’est elle qui viendrait par ses propres moyens. Sans doute « son » Victor la raccompagnera-t-elle. Luce sourit à la nouvelle année qui commence et soigne ses plantes sur sa terrasse.

Puis elle va préparer pour Claire son gâteau au chocolat préféré qu’elles pourront manger en buvant du thé ou même du champagne. Seize heures… Dix-sept heures… Toujours aucune nouvelle de Claire. Luce l’appelle plusieurs fois sur son portable et tombe dans la boîte vocale à chaque fois. Vaguement inquiète, Luce finit par composer le numéro de Juliette Ruska :

« Bonjour Juliette, c’est Luce Ramon. Claire est-elle encore avec toi ?

- Non, répond Juliette avec une drôle de voix.

Intuitive,  Luce réagit tout de suite :

« Il s’est passé quelque chose à la soirée ? Vous vous êtes disputées ? »

Juliette se met à pleurer et raconte que Claire a disparu de la soirée au petit matin. Luce et Juliette s’expliquent. Juliette ajoute :

« Dites bien à Claire qu’on est toujours amies. C’est Eric qui est un vrai salaud. Appelez moi quand vous aurez retrouvé Claire. Elle a dû rentrer chez elle… Ou dites lui qu’elle m’appelle. Je ne veux pas vous déranger… »

Luce raccrocha rapidement, appela chez Claire sur le téléphone fixe et le portable. Aucune réponse. Très inquiète, elle fila chez les Laforêt, sans même prendre le temps d’emporter le gâteau au chocolat qu’elle avait préparé.  Arrivée chez les Laforêt, Luce glisse la clef dans la serrure. Impossible d’ouvrir ! Claire a dû laisser la clef sur la porte. Ouf ! Cela prouve au moins qu’elle est rentrée. Luce se met à appeler Claire tout en appuyant vigoureusement sur la sonnette.

«  Claire ! Ouvre ! C’est mamie, c’est Luce ! »

Au bout d’un moment qui parut interminable à Luce, la porte s’ouvrit enfin. Claire, blême, le visage décomposé, des traces de crayon noir dégoulinant sur les joues, sa jolie robe toute froissée, lui apparut dans l’embrasure de la porte. Luce serre très fort Claire dans ses bras :

« Que s’est-il passé ma toute petite ? »

Claire, les lèvres tremblantes, ne répond rien. Luce prend les choses en main, elle ordonne sur un ton affectueux et ferme à la fois :

« Je vais te faire un bon thé, va te doucher en attendant et passe un pull bien chaud et une de ces  vieilles salopettes que tu affectionnes. Je te prépare des tartines pendant ce temps,  d’accord ma choute ?

- oui, si tu veux...finit par répondre Claire d'une voix à peine perceptible.

Pendant que Claire prenait sa douche, Luce préparait le goûter à la cuisine. Elle entendit le téléphone sonner deux fois et le répondeur se mettre en marche. Toujours la même voix masculine qui disait : « Claire, c’est moi, rappelle moi s’il te plaît… » Victor certainement.

Claire sortit de la salle de bains, emmitouflée dans un grand pull bleu ciel et cachée dans sa vaste salopette, plus de traces de maquillage, mais les cheveux lui mangeant le visage. Luce eut le cœur serré. Elle essaya de faire comme si de rien n’était :

             « Le thé et les tartines sont prêts. »

Claire prit machinalement le mug que lui tendait sa grand-mère et se mit à boire lentement en même temps que des larmes silencieuses glissaient sur ses joues. Claire dit : « Excuse moi » et s’enfuit dans sa chambre. Le téléphone a sonné à cet instant. C’était Juliette :

«Claire est là ? Comment va-t-elle ?

- Oui, elle est ici mais ça ne va pas bien du tout. Elle ne cesse de pleurer et n'arrive pas à parler. Qu'a-t-il bien pu se passer? Elle ne répond même pas à Victor au téléphone...

- Oh! Celui-là!!

- Quoi? Tu as appris quelque chose de nouveau?

- Oui, c'est Rémi Lavallière, un ami qui était à la soirée; il a remarqué le départ de Claire. Il vient de m'appeler; ça s'est passé pendant que je pleurais dans ma chambre. Victor est sorti avec une autre fille, Marilyn, une fille de notre classe qui fait partie du même groupe de rock que Victor. Rémi n'y avait pas trop prêté attention parce qu'il avait l'impression qu'ils étaient déjà ensemble tellement Marilyn se collait à lui. Je n'aurais jamais cru ça possible! Victor avait l'air de tellement tenir à Claire! Je n'y comprends rien...

- Ah je comprends pour quoi Claire est si bouleversée! Ecoute Juliette, on te rappellera plus tard. Je dois aller voir Claire.

 

Luce frappe à la porte de la chambre de Claire, pousse la porte et se glisse à l’intérieur de la chambre pour trouver Claire prostrée, assise sur son lit, les yeux dans le vague. Luce remarque les lettres déchirées par terre, le tableau dans la poubelle…

«  Claire… ma choute… je sais ce qui s’est passé. Tu veux qu’on en parle toutes les deux? »

Mais Claire tremble et claque des dents, les yeux fixes. Luce décide d’agir : elle appelle un vieil ami médecin à la rescousse.

«  Georges… Bonjour, c’est Luce Ramon. Excuse moi de te déranger un premier janvier, mais j’ai un problème avec ma petite fille.

        -   Claire ?

- Oui, j'ai l'impression qu'elle est en état de choc. Elle a eu un choc affectif hier et depuis elle ne mange rien, ne parle pas, ne fait que pleurer ou rester prostrée.

- Bon j'arrive. Redonne moi l'adresse.

Soulagée que son vieil ami vienne examiner Claire, Luce s’octroie une tasse de thé en attendant son arrivée. Georges n’a pas perdu de temps, c’est un sexagénaire souriant et séduisant. Sa vue rassure Luce. Elle le conduit près de Claire puis les laisse seuls. Un moment plus tard, qui paraît très long à Luce, le médecin revient :

«  C’est un état de choc. Tu avais vu juste. Tu vas lui donner ce médicament pour la décontracter. C’est un anxiolytique léger qui devrait l’aider à se libérer : pouvoir pleurer et dormir. Après elle se sentira mieux. Tu lui en redonneras un comprimé demain matin et tu me rappelles à midi pour me tenir au courant, ça va aller !

- Merci beaucoup Georges...Je t'appelle demain.

Luce suit les recommandations de Georges, Claire accepte de prendre le médicament, puis sourit d’un faible petit sourire qui émeut sa grand-mère. Toutes les deux sont assises dans le salon, Luce a mis une cassette dans le magnétoscope : « The shop around the corner », une vieille comédie américaine de Lubitsch qu’elles adorent toutes les deux. Luce cherche à distraire sa petite fille et lui prépare des scones pour le thé. C’est la seule chose que Claire veut bien avaler : du thé et des scones. Mais Luce remarque bien avec tristesse que Claire a l’air étrangement absente. Elle a presque l’impression que celle-ci ne l’entend pas quand elle se retourne vers elle pour lui parler. Claire la regarde avec des yeux bouleversés, embrumés. Dangereusement silencieuse.

 

 

à suivre...

Les silences de Claire - Chapitre 9

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De vous à moi...

Bienvenue sur mes lignes, ces mots sur votre écran. Attrapez-les au vol, comme vous les entendez. Posez-vous sur ces pages aux mille images.

Je suis Natacha Karl, auteure et poète. Vous pouvez aussi me retrouver dans mes livres "Bonjour Mademoiselle" (roman-témoignage), "Les survivantes" (nouvelles) et Musiciennes ! (roman jeunesse).

A votre rencontre...

- Tous les textes sont : Protégé par Cléo

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