" />
Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les mots de Natacha.com

Les mots de Natacha.com

Des mots, des murmures, des cris, des silences, des aveux. Des mots qui claquent, se taisent dans un sourire. Poésie, slam, chanson, prose et haïkus...

Publié le par Natacha karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Murielle au violon, #musique, #photo
Madame Dulyonnais dans sa jeunesse - Portrait d'une violoniste par Jacob Hilsdorf -

Madame Dulyonnais dans sa jeunesse - Portrait d'une violoniste par Jacob Hilsdorf -

 

Chapitre 2

Madame Dulyonnais

 

 

Quelle chance ! Dans l’immeuble de papy Jean et mamie Lucie, une dame musicienne vient d’emménager. C’est la concierge, madame Payasson qui leur a appris. Elle sait toujours tout celle-la ! La nouvelle voisine de papy et mamie s’appelle Madame Dulyonnais, elle est veuve, elle a deux chats et un chien, et surtout un piano, un violon et un accordéon chez elle. Mamie Lucie a vu passer le piano lors de l’emménagement de leur nouvelle voisine. Pour le violon et l’accordéon, c’est madame Payasson qui leur a précisé.

Mamie a eu alors l’idée d’aller rencontrer cette dame et de lui demander si elle accepterait de donner des cours de violon à une petite fille. Mamie m’a dit :

« Tu verras, cette dame est très gentille. Elle m’a dit qu’elle serait heureuse de te rencontrer ma chérie et qu’ensuite elle décidera si elle se sent la force de te donner des cours car elle est fatiguée depuis la mort de son mari. »

 

J’avais le cœur qui sautait dans ma poitrine ce mercredi-là quand avec mamie, nous sommes allées rencontrer Madame Dulyonnais. Elle m’est apparue plus calme que ma pétulante mamie. Elle avait des cheveux blancs coiffés en chignon et de magnifiques yeux verts. Elle nous a accueillies avec beaucoup de chaleur. Elle a souri en voyant mon petit violon bicolore et elle m’ a interrogée :

« Alors, c’est toi Murielle, l’apprentie violoniste ? Raconte moi un peu l’histoire de ton drôle de violon…

  • C’est mon tonton Jean-Luc qui me l’a offert pour mon anniversaire parce qu’il savait que je veux apprendre le violon. J’ai joué du violon pour la première fois à l’école avec Frédéric.

  • Frédéric ?

Mamie a précisé : « Frédéric Vidali, c’est le jeune intervenant en musique qui venait à la maternelle, il est violoniste lui-même. »

Comment dire ? Il s’est passé quelque chose entre madame Dulyonnais et moi, comme une tendresse dans ses yeux verts ; un fil s’est tendu entre nos deux regards et elle a conclu notre accord :

« Eh bien ma petite Murielle, je serai ravie de te donner des leçons à partir de mercredi prochain ! »

 

Toute la semaine, j’ai piaffé, moi qui suis plutôt calme et réservée comme maman ; là, je faisais des bonds. J’étais intenable, tellement l’impatience me sautait dans le corps. Je vibrais déjà comme j’allais apprendre à faire vibrer un violon. Je repensais à Madame Dulyonnais, à ses deux chats, un noir et un blanc, Banjo et Blanche et à son labrador blanc nommé Miolo. Tout un monde sympathique qui cohabitait joyeusement avec les instruments de musique : le piano, le violon et l’accordéon. Le piano, un quart de queue noir, trônait dans le salon et les chats grimpaient gentiment sur le meuble-instrument, comme dans les Aristochats ! Deux grandes bibliothèques regorgeaient de partitions et Madame Dulyonnais avait dit qu’elle m’apprendrait le solfège en même temps que le violon, du moins pour commencer.

Elle avait fait une carrière de soliste sous son nom de jeune fille Geneviève Vierne, puis s’était mariée avec le chef d’orchestre Marc Dulyonnais. Toute une vie de musique et d’amour partagé. L’accordéon, un très bel instrument, elle le tenait de son père. Depuis la mort de son mari, elle avait vendu leur maison à la campagne, devenue trop grande pour elle et trop chargée de souvenirs ; elle s’était repliée en ville, dans cet appartement en rez-de-jardin. Ah Madame Dulyonnais, comme vous m’avez fait voyager, rien qu’en pensée, cette première semaine de notre rencontre ! J’avais remarqué votre regard triste - votre deuil, l’absence d’enfants-, et votre sourire revenu devant mon enthousiasme enfantin, « devant mes yeux bleus d’enfant éblouie par la musique », c’est ce que vous m’avez dit par la suite.

 

Mon premier cours enfin ! Vous aviez tenu à ce que mamie Lucie ne reste pas, à ce que les choses se passent entre nous. J’avais acheté un cahier de musique « chant et notes », une page à rayures cahier d’un côté et de l’autre une page de papier musique avec des « portées », « pour porter les notes » m’a dit Madame Dulyonnais. Et vous avez dessiné sur les portées une jolie chose : la clé de sol, toute en arrondis, et des notes sol-ré-la-mi sur la portée, les quatre notes correspondant aux cordes du violon. Ce furent mes tous premiers exercices, écriture : clé de sol, les quatre notes ; lecture : les quatre notes en ordre dispersé, éparpillées sur quelques lignes ; et surtout j’ai joué !

Pas question de rêver avant de tenir l’archet ! Madame Dulyonnais était très précise, très pointilleuse sur la façon de le tenir :

« Sinon tu prendras de mauvaises habitudes et plus tard tu ne pourras pas aborder certaines difficultés car tu auras eu un défaut de tenue d’archet à la base »

Elle m’effrayait presque en me disant cela, Banjo faisait des facéties sur le tapis, mais je redevenais vite concentrée… sinon pas de violon !

Juste les quatre cordes jouées « à vide », les frotter doucement : sol-ré-la-mi en détachant bien le son, sans écorcher la corde, en toute douceur et fermeté à la fois. Ne pas avoir peur de ce moment magique où l’archet entre en contact avec la corde, pour que les doigts ne se crispent pas et qu’on n’ait pas l’impression que je « scie du bois »

Cette première leçon est inoubliable, Madame Dulyonnais avait pour me parler et me corriger une patience extrême, une douce fermeté digne d’une grande pédagogue et d’une grande musicienne. Les professeurs que j’ai eus par la suite ne m’ont jamais fait oublier Madame Dulyonnais ! Elle me l’ a dit plus tard, mais elle a vite senti chez moi un fort potentiel, une énergie musicale. Moi, plutôt rêveuse et presque timide, je sortais de moi-même avec mon violon. Elle s’est vite rendue compte que je n’étais pas vraiment soutenue à la maison, alors elle m’a tout donné. Une complicité merveilleuse s’est établie entre nous et elle s’est donné pour objectif de me faire entrer au Conservatoire National de Région de Toulouse pour que je puisse pleinement épanouir ma nature musicienne.

 

 

A suivre :

Chapitre 3 :Un nouvel horizon

 

 

 

 

Commenter cet article

De vous à moi...

Bienvenue sur mes lignes, ces mots sur votre écran. Attrapez-les au vol, comme vous les entendez. Posez-vous sur ces pages aux mille images. Fines enveloppes d'émotions tendues entre nous...

Je suis Natacha Karl, une "auteure en ligne" dont vous pouvez aussi découvrir les livres "Bonjour Mademoiselle" (2016) et "Les survivantes" (2017) ... poète, slameuse, écrivain, haïjine...

A votre rencontre...

- Tous les textes sont : Protégé par Cléo

Articles récents

Hébergé par Overblog