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Les mots de Natacha.com

Les mots de Natacha.com

Des mots, des murmures, des cris, des silences, des aveux. Des mots qui claquent, se taisent dans un sourire. Poésie, slam, chanson, prose et haïkus...

Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Murielle au violon, #musique, #photos nk

Chapitre 1

Le violon de Frédéric

 

 

Mes parents ne sont pas du tout musiciens ; maman est secrétaire et papa, médecin généraliste. Papa voulait très vite que je fasse du sport pour « les vertus d’une âme saine dans un corps sain » comme disaient les Romains ! Je l’ai entendue souvent cette phrase à la maison. Papa faisait du tennis, du ski, du vélo. Maman l’accompagnait volontiers au tennis et au ski ; pour le vélo, elle tirait un peu la langue, tout comme moi. Nous préférions toutes les deux les marches en forêt. J’aimais particulièrement le craquement des brindilles sous les pieds et le froissement des feuilles à l’automne.

Côté musique, maman écoutait des chansons et papa, qui était moins présent à la maison de part son travail, n'était pas très « musique ». Il se plongeait dans des magazines d’actualité ou des revues sportives. Alors, quand j’ai découvert le violon, cela a été une révélation pour moi. Je m’en souviens comme si c’était hier. J’avais cinq ans, j’étais en dernière année de maternelle. Il y avait un jeune homme qui venait une fois par semaine nous initier à la musique. Il s’appelait Frédéric Vidali ; c’était notre maîtresse Annie qui avait pris cette initiative. Frédéric nous faisait découvrir les instruments petit à petit, on apprenait des chansons, on faisait des percussions.

Et un jour, un vendredi de juin, je m’en souviens très bien, Frédéric est venu dans notre école accompagné d’un ami luthier. Ils venaient ensemble nous présenter la « famille des cordes ». Emmanuel Manceau, le luthier, avait apporté des violons de différentes tailles : des quarts, des demis, un trois-quarts et même deux violons plus petits qu’un quart. Il a proposé aux élèves qui le souhaitaient d’essayer un violon. Nous étions vingt-quatre dans la classe et sur ce nombre, nous ne fûmes que quelques-uns à manifester l’envie d’essayer. Mais moi ! J’étais tellement fascinée que je me suis tout de suite écriée :

- « Frédéric, Frédéric ! Moi, moi ! »

Cela l’a amusé mon « moi, moi » car j’étais d’habitude assez réservée en classe. C’est Emmanuel Manceau, le luthier, un jeune homme très souriant, qui allait devenir plus tard un ami, qui m’a remis un petit violon entre les mains, en m’expliquant comment le tenir. J’avoue que je n’ai pas trop écouté son explication, pressée de tenir le violon et l’archet et de toucher les cordes, de faire sonner ce petit instrument magique. Une impression étrange s’est infiltrée dans tout mon corps. Je ne savais pas l’exprimer mais c’était un coup de foudre !

Quand maman est venue me chercher à quatre heures et demie, à la fin de ma journée d’école, je lui suis littéralement tombée dessus !

-« Maman, maman ! Aujourd’hui, j’ai joué du violon ! Frédéric est venu avec un ami qui fabrique des violons. On l’appelle un luthier. Il nous a tout expliqué et j’ai pu essayer le violon ! Maman, c’est magique, j’ai envie, j'ai super envie de faire du violon ! On va le dire à papa, hein maman ?

  • Allez, Murielle, tu ne me laisses pas dire un mot aujourd’hui, me coupa maman en me tendant un pain au chocolat .

  • Mais maman !…

  • Nous en reparlerons avec papa.

  • Ce soir ? (j’insistais)

  • Oui, ce soir ou un autre jour, ce n’est pas urgent tu sais. On commence le plus souvent à apprendre un instrument à la rentrée des classes, alors tu vois, on a le temps puisque nous ne sommes qu’en juin… »

Ma douce maman ! Elle allait devoir convaincre mon père qui aurait préféré que je suive ses traces en faisant du sport, du tennis toute l’année et du ski l’hiver, mais moi vraiment, tenir une raquette, cela ne me disait rien. Je voulais tenir un violon, un archet ; j’avais envie de musique, et dans mon lit, le soir, je repensais avec émotion à ce moment merveilleux où j’avais tenu le violon entre mes mains, contre ma joue ! Je surpris des bribes de conversation entre mes parents :

« Voyons, Isabelle, cette idée de violon, ce n’est pas sérieux…

  • Mais Thierry, la petite a l’air vraiment intéressée, et j’en ai parlé avec son institutrice Annie Marc. Le jeune homme qui vient faire des interventions en musique dans la classe de Murielle a remarqué que la petite avait des dispositions. Elle a de l’oreille. C’est ce qu’il a dit à la maîtresse. Lui-même est violoniste.

  • Isabelle, cette histoire de violon, je n’y crois pas. Personne chez moi n’a jamais fait de musique, ni chez toi non plus. Alors, d’où lui viendrait cette prétendue oreille musicale ? »

 

Maman ne répondit rien, l’été passa, et surprise ! Pour mon anniversaire, mes six ans, le 10 août 1983, mon oncle Jean-Luc, le frère de maman, un « original » comme disait papa, m’a offert le plus beau des cadeaux : un petit violon, un quart de violon bicolore ! Chêne clair, chêne foncé ! Bicolore, ça c’était bien un truc de tonton, toujours à dénicher des choses insolites. Je lui ai sauté au cou :

« Tonton Jean-Luc ! Merci, merci ! Je vais pouvoir commencer le violon ! »

Maman me souriait, papa a fait contre mauvaise fortune bon cœur, il s’est incliné devant mon désir d’enfant et devant la « lubie de son beau-frère ». C’est ce que je l’ai entendu dire à maman le soir. Pauvre maman ! Il n’était pas tendre… Il continuait :

« Et ne me parle pas de Conservatoire ! Trouve lui toi-même un professeur, le temps qu’elle puisse se rendre compte que le violon, ce n’est pas pour elle. »

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne m’accordait guère de confiance… Mais je m’en moquais bien ! Je savais que maman me trouverait un professeur et j’avais hâte d’être en septembre…

 

A suivre :

Chapitre 2 : Madame Dulyonnais

 

Quelle chance ! Dans l’immeuble de papy Jean et mamie Lucie, une dame musicienne vient d’emménager ...

Murielle au violon / Chapitre 1

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De vous à moi...

Bienvenue sur mes lignes, ces mots sur votre écran. Attrapez-les au vol, comme vous les entendez. Posez-vous sur ces pages aux mille images. Fines enveloppes d'émotions tendues entre nous...

Je suis Natacha Karl, une "auteure en ligne" dont vous pouvez aussi découvrir les livres "Bonjour Mademoiselle" (2016) et "Les survivantes" (2017) ... poète, slameuse, écrivain, haïjine...

A votre rencontre...

- Tous les textes sont : Protégé par Cléo

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