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Les mots de Natacha.com

Les mots de Natacha.com

Des mots, des murmures, des cris, des silences, des aveux. Des mots qui claquent, se taisent dans un sourire. Poésie, slam, chanson, prose et haïkus...

Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Les silences de Claire, #adolescence

 

Chapitre15

Renaissances

 

Petit à petit, Claire réapprenait la vie quotidienne dans ses échanges simples et sincères avec ses camarades de souffrance. Elle reprenait pied grâce à ses conversations avec Claire Deville, devenue une véritable amie. Elle comprenait ses maux et elle cherchait à l’aider, à la ramener à la chair de la vie dont la jeune danseuse s’était éloignée par absolu. Ainsi, elles s’aidaient mutuellement. Nicolas aussi lui apprenait à voir une nouvelle image de jeune homme : sincère dans ses errances comme dans ses attachements.

Claire Deville reprenait des forces, elle réapprenait à manger ; la zone critique était passée. Enfin, elle put recevoir quelques visites. D’abord sa mère, droite comme un i et sèche comme un sèche-cheveux. En la rencontrant, Claire comprenait comment la jeune danseuse avait pu glisser dans l’anorexie mentale. Puis elle eut une autre visite qui la réjouit bien plus que celle de sa mère : celle de son professeur de danse, Mademoiselle Angeline, une mince jeune femme aux yeux et aux longs cheveux noisette, pétillante comme un écureuil et douce comme une colombe. Juliette était venue voir Claire ce jour-là. Elles se connaissaient : Aline Angeline avait d’abord été la prof de sa sœur Nina avant d’en devenir la confidente Elle était aussi la confidente de Claire Deville. Sa visite lui a redonné le sourire. Le soir venu, elle confia à sa compagne de chambre :

«  Je danserai à nouveau ! J’y arriverai, j’en suis sûre ! Mademoiselle Angeline ne me laisserait pas espérer en vain si elle ne croyait pas en moi !

-J’en suis sûre Claire ! » lui répondit son amie, heureuse de voir la jeune anorexique retrouver de l’énergie.

Elle-même ne s’en rendait pas compte mais elle aussi était en train de changer : la douleur de l’épreuve subie s’estompait, le fantôme de Victor se dissolvait dans son âme ; désormais, elle communiquait mieux qu’avant. Elle ne se refermait plus aussi souvent dans ses silences lointains et mystérieux. Si elle gardait intacte sa grande faculté d’écoute et de regard, elle s’était mise à s’exprimer enfin, plus librement, plus simplement. Elle ne dessinait plus en cachette. Elle arrivait à montrer ses dessins, à sa mère par exemple dont avant elle redoutait le regard critique et acéré. Elle lui donnait un dessin, lui disant son titre et ce faisant, elle révélait des choses d’elle-même. Luce et Mathilde souriaient.

Une nouvelle Claire était en train de naître, moins farouche, plus présente, plus confiante. Comme si les trahisons vécues lui avaient révélé le visage de la sincérité et le moyen de le déceler sous les masques de la peur ou du mensonge. Justement, elle pensait à un visage qu’elle avait dessiné de mémoire : le visage du jeune homme qui l’avait sauvée de la noyade. L’intensité de ce moment où elle était littéralement noyée sous un flot de sentiments complexes et douloureux ne l’avait pas empêchée de photographier mentalement les traits de son sauveteur. Luce lui apprit qu’il était interne aux urgences de l’hôpital où on l’avait conduite après sa tentative de suicide. Claire demanda à lui parler. Le docteur Ledoux ne vit aucune objection à ce que Claire entre en contact avec Fabien Montalvat. Elle tenta sans succès de le joindre au téléphone pendant son service.

Elle était arrivée aux Glycines depuis quinze jours. C’était le tout début de l’après-midi, quand les doux rayons du soleil viennent baigner de douceur la chambre où l’on se repose. On frappa à la porte. Roselyne lui annonça :

« Claire Laforêt, tu as une visite ! »

Et Claire vit s’encadrer dans la porte la haute silhouette de Fabien Montalvat. Elle reconnaissait ses traits, son sourire direct, ses yeux noirs intenses. Elle ne se souvenait pas qu’il était si grand… et si beau… Il lui tendit un bouquet de roses :

« Bonjour mademoiselle Laforêt…J’ai appris que vous aviez cherché à me joindre à mon travail alors j’ai pris la liberté de venir vous rendre visite. Je ne vous dérange pas ?

-Non, pas du tout au contraire, bredouilla Claire. Merci beaucoup pour les fleurs… »

Claire, rougissant un peu, se mit à chercher un vase pour les arranger, le temps de retrouver une contenance.

En fait, Fabien vint à son aide. Il revint du bureau des infirmières avec un joli vase bleu en céramique. Il était très naturel, et chose étonnante pour Claire, il agissait avec elle comme s’ils étaient amis de longue date. Il s’était présenté avec humour :

« Voilà, je m’appelle Fabien, je suis un « vieux » de vingt-quatre ans, interne aux urgences. J’ai eu la bonne idée de rentrer par les quais le matin du 2 janvier … »

Il lui sourit d’un grand sourire complice et presque tendre. Au bout d’un quart d’heure, ils se tutoyaient tous les deux, il avait regardé les dessins de Claire avec beaucoup d’attention et de finesse dans ses remarques. Il lui dit tout à coup :

«  J’ai un peu de temps devant moi. Tu veux qu’on se promène un peu dans le parc, qu’on cueille des fougères et des branches pour rendre mon bouquet plus sauvage ? Pour qu’il te ressemble plus… »

Claire rit :

«  Alors tu me trouves un peu sauvage ?

- Oui … ce sont les jeunes filles un peu sauvages qui prennent des bains au petit matin dans la Garonne, non ? »

Il avait une manière d’évoquer ce souvenir douloureux qui en transformait la nature : ce deux janvier devenait le jour de leur rencontre et c’était ce qui importait maintenant. Un hasard providentiel qui les avait fait se rejoindre. Comme Claire trébuchait sur des branches, Fabien la retint par le bras. Il lui prit la main, en toute simplicité, en toute douceur. Claire marchait dans les allées du parc qu’elle connaissait par cœur avec le sentiment de les découvrir pour la première fois, comme si Fabien et elle s’étaient lancés à l’aventure dans une belle forêt profonde. Les allées familières prenaient des allures de sentiers nouveaux parce qu’elle y avançait avec Fabien et qu’elle ne s’était pas sentie aussi

bien depuis…un autre temps.

         Quand Fabien la quitta, son sourire demeura en elle, avec la promesse de se revoir.

Le lendemain, le docteur Ledoux donna son feu vert : Claire pouvait quitter les Glycines. Ses silences n’étaient plus des abîmes, juste des pauses pour respirer et penser librement, la forme de son indépendance.

 

A suivre ...

Les silences de Claire - Chapitre 15

Commenter cet article

Laret 12/06/2016 10:40

Passionnante suite...L'anorexie mentale, je la vis chez moi tous les jours! Mon amie en souffre depuis 40 ans....Bises et bon dimanche, Jean-Pierre

Natacha Karl 12/06/2016 11:10

l faut beaucoup de courage pour vivre l'anorexie au jour le jour. J'ai aussi des amies qui vivent cette épreuve. Courage et amitiés, Natacha

De vous à moi...

Bienvenue sur mes lignes, ces mots sur votre écran. Attrapez-les au vol, comme vous les entendez. Posez-vous sur ces pages aux mille images.

Je suis Natacha Karl, auteure et poète. Vous pouvez aussi me retrouver dans mes livres "Bonjour Mademoiselle" (roman-témoignage), "Les survivantes" (nouvelles) et Musiciennes ! (roman jeunesse).

A votre rencontre...

- Tous les textes sont : Protégé par Cléo

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