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Les mots de Natacha.com

Les mots de Natacha.com

Des mots, des murmures, des cris, des silences, des aveux. Des mots qui claquent, se taisent dans un sourire. Poésie, slam, chanson, prose et haïkus...

Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Les silences de Claire, #adolescence, #photo

Chapitre 14

Claire et Nicolas

 

 

 

         Au quotidien, une journée à la Clinique des Glycines se vivait sur un rythme à deux vitesses : un rythme lent pour les patients, plus ou moins englués dans leurs souffrances psychiques, certains murés dans un silence opaque, d’autres agités et bavards ; et le rythme du personnel soignant, menant tambour battant leur troupeau de patients, la baguette plus ou moins souple suivant leur personnalité. Roselyne, l’infirmière qui avait accueillie Claire le premier jour, était d’une étoffe rare : douce  et ferme à la fois, sachant écouter sans jamais dépasser les limites de la douleur du patient. Claire se sentait en confiance avec elle. Roselyne l’incitait à dessiner et à se promener le matin pendant l’heure autorisée avec d’autres patients de sa génération : Claire Deville, sa compagne de chambre, et Nicolas Belingeais , un jeune garçon de dix-neuf ans, les cheveux bouclés et des yeux bruns tendres.

Claire, sous la douce injonction de Roselyne, accepta de sortir se promener avec eux. Elle se sentait protégée entre eux deux, et leurs souffrances, bien que différentes, créaient un lien entre eux, une possibilité de se dire, de communiquer très vite sur l’essentiel à demi-mot. Pour Claire, ce type de complicité, noué depuis les profondeurs, était inédit. Mais elle sentit que c’étaient de vrais liens, quelque chose d’indicible et d’inoubliable, de l’ordre de la communion. Claire se disait tout cela, pendant qu’elle marchait silencieuse, aux côtés de Claire et Nicolas. Claire avait cru comprendre que Nicolas avait un problème de drogue. Un matin, il lui avait juste glissé :

« Oh moi…je n’avais pas assez envie de vivre pour avoir envie de mourir. »

Il était grand et très mince lui aussi, moins malingre que la diaphane Claire Deville. Claire sentit qu’entre ses deux nouveaux camarades, il existait un lien particulier, quelque chose comme de l’amour. Mais ils étaient très réservés par rapport à cela. Un soir cependant, dans leur chambre, Claire Deville  se confia à elle, lui confirmant ce qu’elle avait deviné :

«  Nicolas et moi, on est amoureux ; mais on reste discrets pour éviter les embrouilles avec les autres ou le personnel médical, qu’ils ne se mettent pas à nous surveiller ou à nous séparer en le changeant d’étage…

- Ah bon, tu crois qu'ils feraient ça?

- Oui, ça peut très bien arriver. Nicolas est là depuis un mois et il a vu comment le personnel avait séparé deux amoureux. Bon ils ont leurs raisons mais on a le droit de s'aimer quand même !En tous cas, il vaut mieux rester discrets.

- Oui je comprends.

Pendant leurs promenades, Claire ramassait des cailloux qu’elle trouvait jolis, des feuilles aux jolies découpes ou aux couleurs intéressantes, de la mousse, de l’écorce et elle reconstituait dans leur chambre une nature en miniature. Et puis elle dessinait. Le docteur Ledoux l’interrogeait sur ses dessins, ils avaient trouvé ainsi une manière de communiquer pour que Claire sorte enfin de ce silence où elle s’était recluse. Les couloirs l’étouffaient, elle fuyait le salon enfumé et bruyant où devant la télévision des patients s’abrutissaient, sans la regarder, fumant cigarette sur cigarette.

Elle avait hâte de voir arriver l’après-midi, ses deux parents ou sa mère et Luce. Un jour, Luce lui apporta une lettre de Juliette. Les mains tremblantes, elle décacheta l’enveloppe ; sur une magnifique carte représentant la terre vue du ciel photographiée par Arthus-Bertrand, Juliette avait écrit de sa jolie écriture ronde :

«  Pardon Claire de t’avoir fermé ma porte un instant  et d’avoir retourné mon chagrin contre toi ce maudit soir. J’ai bien vite compris que tu ne méritais pas que je me détourne de toi, même un seul instant. Seul ce Eric de malheur était entièrement fautif. Je me suis souvenue de plein de choses, et je me suis rendue compte qu’il me menait en bateau, ce que tu avais toujours pensé. Ta grand-mère m’a dit que tu lui avais souvent exprimé tes doutes sur lui.

Oh Claire, j’aimerais tant pouvoir t’aider et venir te voir ! Tu es ma meilleure amie et ensemble on oubliera les faux amis !. Soigne- toi bien et guéris vite ma douce Claire. A très bientôt j’espère. Dès qu’on me donnera le feu vert, je fonce te voir ! Bisous.

Ton amie, Juliette.

PS : Tu me parleras de Victor si tu le veux »

 

Une semaine était passée, Juliette n’avait pas encore eu le droit de venir rendre visite à Claire, mais sa lettre avait rassuré Claire, elle lui faisait retrouver le chemin de la confiance dans les mots de l’amitié. Et pour les mots d’amour, en face de Claire et Nicolas, elle ressentait qu’une vérité des sentiments existe et qu’elle peut être exprimée. Victor n’était qu’un faussaire, jonglant avec les mots et les sentiments pour faire de belles balles, de bonnes rimes pour ses chansons. Comme le chat qu’il avait dessiné – ce dessin qui avait impressionné Claire-, il attrapait les autres à son jeu de chat et souris pour satisfaire ses appétits, se repaître de pureté pour nourrir son inspiration. Un faussaire, un vampire ! C’est ainsi que Claire l’avait vu dans un cauchemar qu’elle avait raconté et analysé avec Marie, la psychologue.

Claire sortait peu à peu de la phase critique de silence. Le docteur Ledoux élargit les visites autorisées et Juliette, accompagnée par Luce, put enfin venir voir Claire. Les deux jeunes filles se tombèrent dans les bras, mais elles continrent leurs larmes d’émotion. C’est la joie qui dominait. Elles sont allées marcher dans le beau parc ; puis, assises sur un banc, elles ont parlé pour la première et dernière fois de Victor. Claire dit à Juliette d’une voix douce mais résolue :

«  C’est fini maintenant. J’ai compris. Le Victor dont j’étais amoureuse, c’était un rêve. Le vrai Victor…il n’existe plus pour moi. L’amour, ça doit être totalement réciproque, sinon c’est… du vent » acheva-t-elle dans un souffle.

Juliette ajouta pour conclure :

«  Il est venu me voir au lycée pour savoir comment tu allais. Je lui ai dit qu’il aurait mieux fait de s’en soucier le 31 décembre et qu’il valait mieux qu’il retourne à sa Marilyn puisqu’elle était si irrésistible ! »

Claire esquissa un petit sourire de convalescente, l’air encore un peu absente. Mais Juliette faisait des projets :

«  Je t’emmènerai à mon club d’équitation si tu veux quand tu sortiras. Rémi Lavallière, tu te souviens de lui ?

- Oui il est très sympa;

- Il me demande de tes nouvelles. Il se dit prêt à te faire faire ton baptême d'équitation. TU aimerais?

- Pourquoi pas?

 

 

A suivre...

 

 

Photo : Joséphine Cardin

Photo : Joséphine Cardin

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De vous à moi...

Bienvenue sur mes lignes, ces mots sur votre écran. Attrapez-les au vol, comme vous les entendez. Posez-vous sur ces pages aux mille images. Fines enveloppes d'émotions tendues entre nous...

Je suis Natacha Karl, une "auteure en ligne" dont vous pouvez aussi découvrir les livres "Bonjour Mademoiselle" (2016) et "Les survivantes" (2017) ... poète, slameuse, écrivain, haïjine...

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- Tous les textes sont : Protégé par Cléo

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