" />
Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les mots de Natacha.com

Les mots de Natacha.com

Des mots, des murmures, des cris, des silences, des aveux. Des mots qui claquent, se taisent dans un sourire. Poésie, slam, chanson, prose et haïkus...

Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Les silences de Claire, #adolescence, #photo

Chapitre 13

Au-delà des mots

 

 

 

Pendant ce temps, Luce rentre chez elle, soutenue par Georges dans cette épreuve. Les murs blancs des hôpitaux, elle les a trop vus pendant la longue maladie de Marcel, son mari. Depuis sept mois qu’il s’est éteint, elle n’avait plus remis les pieds dans un hôpital jusqu’à aujourd’hui… oh quelle terrible journée ! Elle a hâte que Mathilde et Jean-Michel arrivent pour partager avec eux le fardeau de sa peine et de son inquiétude. Ah son pressentiment envers Victor était juste… ! Mais comment expliquer la profondeur du chagrin de Claire, l’abîme dans lequel elle a été plongée en une seule maudite soirée ? Alors elle s’interroge tout haut devant Georges :

« Qu’est-ce qu’on n’a pas vu ? Quelles souffrances nous a-t-elle cachées ? »

Georges tente de l’apaiser, de lui faire envisager l’avenir : la guérison des blessures. Mais Luce lutte contre elle-même, contre le remords de n’avoir pas pu anticiper sur l’événement, le remords de ne pas avoir su protéger Claire… Le téléphone sonne, venant interrompre le cours douloureux des pensées de Luce. C’est Mathilde. Ils prennent l’avion cette nuit, ils seront à l’aéroport de Toulouse demain à huit heures. Georges se propose pour venir les chercher avec Luce. Il en  est décidé ainsi. Luce se sent un peu mieux. Puis, c’est Juliette qui appelle. La pauvre gamine ! Elle aussi est bouleversée par tout ce qui s’est passé en si peu de temps. Elle demande :

« Est-ce que Claire va mieux ? Quand est-ce que je pourrai aller la voir ? »

Luce ne peut pas encore lui répondre à ce sujet, elle lui dit seulement :

«  Ecris- lui si tu veux. Je pourrai lui faire passer ta lettre.

- Oh oui merci… (Juliette pleure)

- Ne pleure pas Juliette… Tu n’y es pour rien. Claire t’aime beaucoup, tu es sa seule vraie amie, tu comptes beaucoup pour elle. Vous allez bientôt vous retrouver et oublier tout ça. »

Devoir réconforter la petite Juliette  a eu un effet bénéfique sur Luce : elle-même arrive mieux à surmonter le choc de ces deux derniers jours ; et Georges est si affectueux. Par sa présence calme, il lui redonne des forces. En la quittant, il la serre fort dans se bras :

«  ça va aller ma Luce ? Je peux te laisser ?

- Oui, oui, tu en as déjà tellement fait.

- C’est naturel… A demain matin !

- A demain, Georges ! »

 

Le lendemain, Georges retrouve le sourire de Luce, elle lui dit avoir mieux dormi, rassurée en définitive que Claire soit suivie par une équipe médicale. A journée nouvelle, nouvel espoir. Mathilde et Jean-Michel arrivent. Tous les deux par contre ont l’air défait : entre la tentative de suicide de leur fille et le décalage horaire, ils sont moulus. Mais là encore, la présence de Georges fait merveille : il est l’ami médecin qui connaît les problèmes et rassure d’autant mieux qu’il n’est pas dans l’inconnu.

« L’adolescence est un passage, dit-il, critique pour certains. Et chez Claire, avec son intelligence et sa sensibilité, tout prend un relief particulier. »

Il ajoute :

« Le docteur Ledoux vous en ira davantage. C’est un excellent psychiatre qui connaît particulièrement bien les problèmes de l’adolescence. »

 Luce répond ensuite à toutes les questions que se posent Mathilde et Jean-Michel ; ils veulent connaître tous les détails de ces derniers jours. Georges les raccompagne à leur domicile, il veut les laisser en famille. C’est Mathilde qui le retient :

« Restez Georges, si vous le voulez bien. Vous êtes à votre place ici avec nous. »

Georges reste. Luce s’en va à la cuisine préparer le petit déjeuner pendant que Mathilde et Jean-Michel se reposent au salon.

« Reposez-vous maintenant, leur dit-elle. Le docteur Ledoux devait voir Claire dans la matinée. En attendant que nous ayons des nouvelles de la clinique, nous allons déjeuner. »

Mathilde, épuisée moralement et physiquement, se repose sur sa mère. Tout à l’heure, quand ils sont arrivés dans l’appartement, elle est allée dans la chambre de Claire et s’est mise à pleurer. Jean-Michel l’y a retrouvée, il l’a serrée dans ses bras :

« Viens ma chérie… Ne reste pas là. C’est un moment difficile mais Claire va s’en sortir. Tu dois y croire ! Nous devons tous y croire. »

Sébastien, appelé à Paris, est resté sidéré ; lui, si causant d’ordinaire, ne trouvait pas de mots. Il a fini par dire :

« Quand je pense à toutes mes plaisanteries idiotes chaque fois qu’il l’appelait au téléphone ! » Puis il conclut, violent : « Quel salaud, ce mec ! »

 

En fin de matinée, Jean-Michel a appelé la Clinique des Glycines : le docteur Ledoux a confirmé le diagnostic de Georges : hyper sensibilité, intelligence supérieure, deux raisons de ressentir les choses plus fort et de souffrir plus que les autres. Le docteur Ledoux reçut les Laforêt dans l’après-midi. Il affina sa description de la souffrance de Claire :

« Son intelligence aiguise son regard et son ressenti. Elle retourne la souffrance subie contre elle-même, comme si elle se jugeait responsable du mal qu’on lui a fait. Il va lui falloir faire un travail de déculpabilisation pour pouvoir oublier cette souffrance. Nous allons l’y aider avec la psychologue Marie Fontaine et également par un traitement médicamenteux : un anti-dépresseur à effet rapide que nous avons déjà commencé à lui donner et un somnifère léger pour faciliter son endormissement. Le sommeil a évidemment des vertus réparatrices et comme Claire a des perturbations du sommeil depuis la crise, il faut l’aider à retrouver une bonne qualité de sommeil, qu’elle n’ait plus à lutter pour ça.

-Très bien docteur, intervint Mathilde d’une voix altérée. Mais quand est-ce que Claire va pouvoir rentrer à la maison ?

- Pour l’instant, ce serait prématuré. Il convient de garder Claire dans un milieu protégé mais ne vous inquiétez pas, vos visites sont autorisées dès aujourd’hui. En milieu de semaine, quand je reverrai Claire, je verrai si nous pouvons élargir le cercle des visites à ses proches autres que vous et sa grand-mère. »

Mathilde trouvait le docteur Ledoux un peu trop distant, clinicien disons. Mais Jean-Michel la rassura. Le discours du psychiatre était encourageant et il avait aimé la franchise et le regard direct du médecin. Ils sont allés ensuite retrouver Claire dans sa chambre. Son père lui a offert le bouquet de magnifiques roses rouges qu’ils avaient choisi pour elle. Mathilde entoura sa fille de ses bras en balbutiant :

«  Ma toute petite… Claire, ma toute belle… »

Les yeux de Claire se remplirent de larmes, l’émotion de revoir ses parents et ces mots « ma toute belle ». Cela ressemblait trop aux mots de Victor : ces mots qu’elle avait crus et qui s’enfonçaient dans sa mémoire comme un scalpel affûté : « ma très belle »… Les mots avaient perdu leur sens, elle se sentait séparée de ses parents par une vitre étanche où les mots seraient dissous avant de parvenir à ses oreilles. Elle regardait ses parents et demeurait silencieuse, toutes les paroles qu’elle aurait pu dire bloquées dans sa gorge douloureuse.

Mathilde et Jean-Michel s’en aperçurent. Ils conduisirent Claire dans le parc ; ils la soutenaient chacun d’un côté. Claire marchait lentement, les yeux noyés, fragile entre leurs mains comme un nouveau-né.

 

 

A suivre...

Solitude par Loui Jover

Solitude par Loui Jover

Commenter cet article

De vous à moi...

Bienvenue sur mes lignes, ces mots sur votre écran. Attrapez-les au vol, comme vous les entendez. Posez-vous sur ces pages aux mille images.

Je suis Natacha Karl, auteure et poète. Vous pouvez aussi me retrouver dans mes livres "Bonjour Mademoiselle" (roman-témoignage), "Les survivantes" (nouvelles) et Musiciennes ! (roman jeunesse).

A votre rencontre...

- Tous les textes sont : Protégé par Cléo

Articles récents

Hébergé par Overblog