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Les mots de Natacha.com

Les mots de Natacha.com

Des mots, des murmures, des cris, des silences, des aveux. Des mots qui claquent, se taisent dans un sourire. Poésie, slam, chanson, prose et haïkus...

Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Les silences de Claire, #adolescence, #photo

Chapitre 12

L’arrivée aux Glycines

 

 

Deux janvier. Dix-huit heures. Luce se trouve avec Georges aux admissions de la Clinique des Glycines. L’établissement fait une bonne impression à Luce, les locaux sont repeints à neuf, il y a un beau parc tout autour de la clinique. Cela la réconforte en plus de la présence de Georges. Le médecin s’est fait son chevalier servant ; veuf comme Luce, il a décidé de l’accompagner dans toutes ses démarches, de ne pas laisser sa vieille amie seule avec sa détresse. La dignité dont elle fait preuve dans son chagrin le touche beaucoup. Il l’a toujours beaucoup estimée mais ces deux derniers jours, il s’est encore rapproché d’elle.

         L’ambulance qui conduit Claire vient d’arriver. La jeune fille en descend, faible, sa perfusion au poignet, vêtue d’une chemise blanche de l’hôpital, un gilet blanc jeté sur ses épaules. Elle sourit à sa grand-mère à travers ses larmes. Une infirmière blonde et souriante accueille la jeune fille :

« Bonjour Claire. Nous t’attendions. Je suis Roselyne, infirmière. Je vais te conduire à ta chambre. Tu seras avec une jeune fille un peu plus âgée que toi qui se prénomme Claire comme toi. Suivez nous madame Ramon. Vous pouvez venir le temps que Claire s’installe. »

         Arrivées dans la chambre, peinte en jaune pastel, l’infirmière s’adresse à la jeune fille blonde, fine, presque translucide tellement elle est maigre, qui est allongée sur le lit de gauche :

« Claire, je te présente Claire, ta nouvelle voisine de chambre. Je vais vous laisser faire connaissance toutes les deux. »

Les deux Claire se saluent tout doucement. L’infirmière enlève à Claire sa perfusion tout en lui expliquant qu’un médecin passera la voir en début de soirée.

«  Je te laisse t’installer maintenant. Le dîner est servi à six heures et demie dans la salle à manger. Claire te montrera. A tout à l’heure. Madame Ramon, vous pouvez rester avec votre petite fille juste un instant. »

         Luce donna à Claire le sac qu’elle lui avait préparé en essayant de lui mettre ses affaires préférées. Elle lui tendit Cannelle, son petit ours en peluche et posa un carnet de croquis et une trousse de crayons de couleurs sur la table de nuit.

«  Ma petite Claire, je dois m’en aller maintenant mais je t’appellerai demain matin. Tes parents sont prévenus, ils vont venir te voir dès que possible. Sois courageuse ma choute. Nous sommes là. »

         A reculons, Luce s’en va, laissant les deux Claire dans leur chambre. Georges la soutient :

« Elle va être prise en charge par le docteur Ledoux. Quelqu’un de très bien. Elle ne restera pas ici longtemps, sois en sûre.

- Oh j’espère… dire que demain c’est son anniversaire… fêter ses seize ans à l’hôpital, dit Luce  avec une voix qui se brise.

- Ne t’attache pas aux dates comme ça… Elle en aura bien d’autres des anniversaires. L’essentiel, c’est qu’elle reprenne vite des forces. Elle sera bien ici. Tu verras, ça va aller vite. »

 

Pendant que Georges s’attachait à réconforter Luce et la raccompagnait chez elle, Claire s’était assise sur son lit, son ours dans le creux du cou. Sa jeune voisine de chambre avait l’air très douce et perdue. Elle s’appelait Claire Deville et était anorexique. Elle se présenta à Claire en quelques mots pour partager leur peine respective :

«  J’ai dix-neuf ans. Je suis anorexique depuis deux ans…ça fait quinze jours que je suis arrivée mais je n’ai pas encore été autorisée à voir ma famille. C’est à cause de mon problème… Mais pour toi, rassure toi, cela sera sans doute différent puisque déjà, ils ont autorisé ta grand-mère à t’accompagner.

- Je ne sais pas.

- Tu veux me dire pourquoi tu es là ? » lui demanda Claire Deville avec beaucoup de douceur.

Claire répondit :

«  J’ai voulu mourir… enfin je ne sais pas…mais ce qui est sûr, c’est que je me

suis jetée du haut d’un pont ce matin… Je ne savais plus où j’en étais »

Ses yeux s’emplirent de larmes. Claire intervint avec délicatesse :

«  Allez, va, n’en parlons plus pour le moment… Je vois que ta grand-mère t’a apporté des crayons de couleur ? Tu dessines ?

- Oui… c’est ma passion…

- C’est bien. Tu me feras un dessin ?

- Oui, si tu veux.

- Moi, ma passion, c’est la danse classique. » Et mise en confiance, elle se mit à lui raconter toute son histoire :

« Ma mère est professeur de danse, tu vois. J’ai commencé la danse à quatre ans. Je voulais être une ballerine professionnelle. Alors, j’ai commencé très jeune à faire attention à tout ce que je mangeais… pour ne pas grossir tu comprends… à cause de la danse…En plus ma mère était très sévère là-dessus. A la fin, c’est devenu une obsession. Il y a deux ans, j’ai fait une poussée de croissance…

-Tu sais, tu n’es pas obligée de tout me raconter si c’est trop dur, dit Claire, voyant les traits de l’autre Claire se contracter douloureusement.

- Si, j’ai confiance en toi. On peut se comprendre toutes les deux, j’en suis sûre.

- Oui, je crois.

- Ce qui s’est passé, c’est qu’à partir de mes dix-sept ans, j’étais moins fine, ça m’a déstabilisée, alors petit à petit,  je suis devenue anorexique. Le vrai cercle vicieux. Ma mère s’et mise à crier dans l’autre sens « squelettique ! une danseuse squelettique ! mais tu n’y arriveras jamais ! ». Il y a quinze jours, je suis tombée dans les pommes à mon cours de danse et je me suis retrouvée ici. Mais tu vas voir, le docteur Ledoux et Marie la psychologue sont très sympas. On peut leur  faire confiance. »

A ce moment-là, on toque à la porte, et une infirmière, une petite brunette un peu sèche, leur dit avec brusquerie :

«  Au repas ! C’est l’heure ! Claire tu le sais ! Tu dois être à l’heure ! Ne nous force plus à devoir venir te chercher ! »

Un peu étonnée de voir sa douce camarade ainsi rabrouée, Claire se dépêcha d’enfiler son pull et sa salopette. Elle ne voulait pas arriver dans la salle à manger vêtue de sa chemise d’hôpital. Escortée de Claire, qui, debout, lui apparut encore plus fragile et diaphane, elle se dirigea vers la salle à manger à la rencontre des autres patients.

 

à suivre...

 

 

 

Les silences de Claire - Chapitre 12

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De vous à moi...

Bienvenue sur mes lignes, ces mots sur votre écran. Attrapez-les au vol, comme vous les entendez. Posez-vous sur ces pages aux mille images. Fines enveloppes d'émotions tendues entre nous...

Je suis Natacha Karl, une "auteure en ligne" dont vous pouvez aussi découvrir les livres "Bonjour Mademoiselle" (2016) et "Les survivantes" (2017) ... poète, slameuse, écrivain, haïjine...

A votre rencontre...

- Tous les textes sont : Protégé par Cléo

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