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Les mots de Natacha.com

Les mots de Natacha.com

Des mots, des murmures, des cris, des silences, des aveux. Des mots qui claquent, se taisent dans un sourire. Poésie, slam, chanson, prose et haïkus...

Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Les silences de Claire, #adolescence, #amour, #photo

Chapitre 9

           Triste lendemain

 

 

Il fait très beau en ce premier janvier… Luce s’en réjouit en ouvrant ses volets et en regardant le soleil miroiter sur la Garonne. Elle n’appelle pas Claire car elle se figure que la fête a dû se terminer tard, ou disons mieux, peut-être même tôt ce matin ! De toute façon, Claire lui a dit que c’est elle qui viendrait par ses propres moyens. Sans doute « son » Victor la raccompagnera-t-elle. Luce sourit à la nouvelle année qui commence et soigne ses plantes sur sa terrasse.

Puis elle va préparer pour Claire son gâteau au chocolat préféré qu’elles pourront manger en buvant du thé ou même du champagne. Seize heures… Dix-sept heures… Toujours aucune nouvelle de Claire. Luce l’appelle plusieurs fois sur son portable et tombe dans la boîte vocale à chaque fois. Vaguement inquiète, Luce finit par composer le numéro de Juliette Ruska :

« Bonjour Juliette, c’est Luce Ramon. Claire est-elle encore avec toi ?

- Non, répond Juliette avec une drôle de voix.

Intuitive,  Luce réagit tout de suite :

« Il s’est passé quelque chose à la soirée ? Vous vous êtes disputées ? »

Juliette se met à pleurer et raconte que Claire a disparu de la soirée au petit matin. Luce et Juliette s’expliquent. Juliette ajoute :

« Dites bien à Claire qu’on est toujours amies. C’est Eric qui est un vrai salaud. Appelez moi quand vous aurez retrouvé Claire. Elle a dû rentrer chez elle… Ou dites lui qu’elle m’appelle. Je ne veux pas vous déranger… »

Luce raccrocha rapidement, appela chez Claire sur le téléphone fixe et le portable. Aucune réponse. Très inquiète, elle fila chez les Laforêt, sans même prendre le temps d’emporter le gâteau au chocolat qu’elle avait préparé.  Arrivée chez les Laforêt, Luce glisse la clef dans la serrure. Impossible d’ouvrir ! Claire a dû laisser la clef sur la porte. Ouf ! Cela prouve au moins qu’elle est rentrée. Luce se met à appeler Claire tout en appuyant vigoureusement sur la sonnette.

«  Claire ! Ouvre ! C’est mamie, c’est Luce ! »

Au bout d’un moment qui parut interminable à Luce, la porte s’ouvrit enfin. Claire, blême, le visage décomposé, des traces de crayon noir dégoulinant sur les joues, sa jolie robe toute froissée, lui apparut dans l’embrasure de la porte. Luce serre très fort Claire dans ses bras :

« Que s’est-il passé ma toute petite ? »

Claire, les lèvres tremblantes, ne répond rien. Luce prend les choses en main, elle ordonne sur un ton affectueux et ferme à la fois :

« Je vais te faire un bon thé, va te doucher en attendant et passe un pull bien chaud et une de ces  vieilles salopettes que tu affectionnes. Je te prépare des tartines pendant ce temps,  d’accord ma choute ?

- oui, si tu veux...finit par répondre Claire d'une voix à peine perceptible.

Pendant que Claire prenait sa douche, Luce préparait le goûter à la cuisine. Elle entendit le téléphone sonner deux fois et le répondeur se mettre en marche. Toujours la même voix masculine qui disait : « Claire, c’est moi, rappelle moi s’il te plaît… » Victor certainement.

Claire sortit de la salle de bains, emmitouflée dans un grand pull bleu ciel et cachée dans sa vaste salopette, plus de traces de maquillage, mais les cheveux lui mangeant le visage. Luce eut le cœur serré. Elle essaya de faire comme si de rien n’était :

             « Le thé et les tartines sont prêts. »

Claire prit machinalement le mug que lui tendait sa grand-mère et se mit à boire lentement en même temps que des larmes silencieuses glissaient sur ses joues. Claire dit : « Excuse moi » et s’enfuit dans sa chambre. Le téléphone a sonné à cet instant. C’était Juliette :

«Claire est là ? Comment va-t-elle ?

- Oui, elle est ici mais ça ne va pas bien du tout. Elle ne cesse de pleurer et n'arrive pas à parler. Qu'a-t-il bien pu se passer? Elle ne répond même pas à Victor au téléphone...

- Oh! Celui-là!!

- Quoi? Tu as appris quelque chose de nouveau?

- Oui, c'est Rémi Lavallière, un ami qui était à la soirée; il a remarqué le départ de Claire. Il vient de m'appeler; ça s'est passé pendant que je pleurais dans ma chambre. Victor est sorti avec une autre fille, Marilyn, une fille de notre classe qui fait partie du même groupe de rock que Victor. Rémi n'y avait pas trop prêté attention parce qu'il avait l'impression qu'ils étaient déjà ensemble tellement Marilyn se collait à lui. Je n'aurais jamais cru ça possible! Victor avait l'air de tellement tenir à Claire! Je n'y comprends rien...

- Ah je comprends pour quoi Claire est si bouleversée! Ecoute Juliette, on te rappellera plus tard. Je dois aller voir Claire.

 

Luce frappe à la porte de la chambre de Claire, pousse la porte et se glisse à l’intérieur de la chambre pour trouver Claire prostrée, assise sur son lit, les yeux dans le vague. Luce remarque les lettres déchirées par terre, le tableau dans la poubelle…

«  Claire… ma choute… je sais ce qui s’est passé. Tu veux qu’on en parle toutes les deux? »

Mais Claire tremble et claque des dents, les yeux fixes. Luce décide d’agir : elle appelle un vieil ami médecin à la rescousse.

«  Georges… Bonjour, c’est Luce Ramon. Excuse moi de te déranger un premier janvier, mais j’ai un problème avec ma petite fille.

        -   Claire ?

- Oui, j'ai l'impression qu'elle est en état de choc. Elle a eu un choc affectif hier et depuis elle ne mange rien, ne parle pas, ne fait que pleurer ou rester prostrée.

- Bon j'arrive. Redonne moi l'adresse.

Soulagée que son vieil ami vienne examiner Claire, Luce s’octroie une tasse de thé en attendant son arrivée. Georges n’a pas perdu de temps, c’est un sexagénaire souriant et séduisant. Sa vue rassure Luce. Elle le conduit près de Claire puis les laisse seuls. Un moment plus tard, qui paraît très long à Luce, le médecin revient :

«  C’est un état de choc. Tu avais vu juste. Tu vas lui donner ce médicament pour la décontracter. C’est un anxiolytique léger qui devrait l’aider à se libérer : pouvoir pleurer et dormir. Après elle se sentira mieux. Tu lui en redonneras un comprimé demain matin et tu me rappelles à midi pour me tenir au courant, ça va aller !

- Merci beaucoup Georges...Je t'appelle demain.

Luce suit les recommandations de Georges, Claire accepte de prendre le médicament, puis sourit d’un faible petit sourire qui émeut sa grand-mère. Toutes les deux sont assises dans le salon, Luce a mis une cassette dans le magnétoscope : « The shop around the corner », une vieille comédie américaine de Lubitsch qu’elles adorent toutes les deux. Luce cherche à distraire sa petite fille et lui prépare des scones pour le thé. C’est la seule chose que Claire veut bien avaler : du thé et des scones. Mais Luce remarque bien avec tristesse que Claire a l’air étrangement absente. Elle a presque l’impression que celle-ci ne l’entend pas quand elle se retourne vers elle pour lui parler. Claire la regarde avec des yeux bouleversés, embrumés. Dangereusement silencieuse.

 

 

à suivre...

Les silences de Claire - Chapitre 9

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De vous à moi...

Bienvenue sur mes lignes, ces mots sur votre écran. Attrapez-les au vol, comme vous les entendez. Posez-vous sur ces pages aux mille images. Fines enveloppes d'émotions tendues entre nous...

Je suis Natacha Karl, une "auteure en ligne" dont vous pouvez aussi découvrir les livres "Bonjour Mademoiselle" (2016) et "Les survivantes" (2017) ... poète, slameuse, écrivain, haïjine...

A votre rencontre...

- Tous les textes sont : Protégé par Cléo

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