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Les mots de Natacha.com

Les mots de Natacha.com

Des mots, des murmures, des cris, des silences, des aveux. Des mots qui claquent, se taisent dans un sourire. Poésie, slam, chanson, prose et haïkus...

Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Les silences de Claire, #adolescence, #amour, #photo
Chapitre 8

Une soirée au goût amer

 

 

 

Comme promis, Victor appela Claire tous les jours à partir de son arrivée chez sa sœur. Sébastien , fidèle à son rôle de grand frère, ne manquait pas de charrier Claire à chaque coup de téléphone. Jean-Michel et Mathilde souriaient et parfois Mathilde disait :

« Laisse ta sœur tranquille ! Elle a le droit d’être amoureuse ! »

 

Ils allèrent tous passer la veillée de Noël chez Luce. La soirée fut très réussie, Luce avait fait toute la décoration et un délicieux repas. Elle offrit en cadeau à sa petite fille un téléphone portable :

« Comme ça, tu pourras avoir tes secrets et ce grand dadais de Séb te laissera tranquille sur tes coups de fil ! »dit-elle avec humour.

Claire la remercia, choisit une mélodie très discrète comme sonnerie puis alla dans la chambre de sa grand-mère pour envoyer à Victor un message sur son portable, tout heureuse de pouvoir lui communiquer son  tout nouveau numéro personnel. Elle signa « ta Clara ». Personne ne l’avait jamais appelée comme cela, c’était leur secret. Puis elle envoya aussi un message à Juliette. Elle n’avait pas raconté en détails à son amie ce qui s’était passé entre elle et Victor, mais elle lui avait dit l’essentiel. Du reste, le soir du concert, Juliette avait bien ressenti l’évolution du lien entre Claire et Victor.

 

Le 29 décembre, les parents de Claire partaient pour New-York, Sébastien remontait sur Paris pour fêter le 31 avec ses copains de Sciences-Po. Il était décidé que Claire dormirait chez les Ruska jusqu’au 1er janvier. Elle irait retrouver sa grand-mère dans l’après-midi du jour de l’an, et Luce s’installerait chez les Laforêt pour quelques jours. En la quittant, Mathilde lui avait dit, complice :

« Bonne poursuite de tes vacances Claire ! »

Elle n’avait pas mentionné le prénom de Victor mais c’était sous-entendu. Il était visible que Mathilde se réjouissait pour sa fille de la savoir aimée et amoureuse.

Comme prévu, Claire se rendit chez les Ruska le 29 décembre. Dans la famille de son amie, Claire savourait l’atmosphère chaleureuse et douce comme un châle moelleux et en même temps pétillante comme du champagne. Cela tenait à la personnalité artiste et généreuse des parents de Juliette, tous les deux musiciens amateurs : Nicolas, violoniste et Clara, chanteuse. Une maison pleine de rires et de chants, alors que chez Claire, c’était la maison du vent : ses parents toujours sur-occupés, toujours en partance pour quelque lieu éloigné, le téléphone venant toujours interrompre les rares moments de pauses vécus ensemble.

Nina, la sœur de Juliette était descendue chez ses parents pour Noël puis elle était remontée sur Paris avec son fiancé. Claire n’avait pas eu l’occasion de les rencontrer mais elle dormait dans l’ancienne chambre de Nina. Il y restait encore pas mal de partitions de poche sur les étagères, des affiches de concert et des photos personnelles. Claire aimait l’atmosphère de cette chambre aux murs tendus de tapisserie d’un orange éclatant. La chambre de Juliette était juste à côté, des fleurs à la fenêtre, un grand ficus près du bureau et des posters de chevaux : un tout autre univers que celui de sa sœur. Juliette était un peu déçue que Nina soit déjà repartie mais elle retrouva vite sa gaieté et sa vivacité naturelles pour les préparatifs de la fête.

Nicolas et Clara Ruska sont partis le matin du 31 chez leurs amis Karl, les parents du fiancé de Nina. Nathalie Karl, sa sœur était également l’amie de Nina et Juliette. Elle et son ami, Laurent sont venus leur prêter main forte pour préparer le réveillon : d’abord faire les courses puis tout préparer, les plateaux de canapés, les salades, le punch. Nathalie avait une recette du tonnerre : rhum, citron pressé, miel et épices. Claire s’est occupée de décorer le salon avec des bougies dorées et argentées, des guirlandes de rubans argentés et mauves, des bouquets de houx et une boule de gui que Laurent –très grand- a accroché au lustre du salon : de quoi pouvoir s’embrasser sous le gui à minuit… Il y avait une ambiance très sympa pendant ces préparatifs, Claire a vite été apprivoisée par la douceur de Nathalie et la gentillesse de Laurent. Elle se sentait un peu fébrile à la pensée de revoir « son » Victor  qui lui avait envoyé un message sur son portable « enfin rentré à Toulouse ! Vivement ce soir ma Clara ! ». Claire était impatiente et bouillonnait intérieurement à l’approche de huit heures. Avant que tout le monde n’arrive, Juliette dit à Claire :

« Viens, je vais te maquiller un peu aujourd’hui… »

Nathalie a dit en riant :

« Allez laisse toi faire Claire ! Ce sera joli ! »

Claire portait une longue robe en satin noir  à fines bretelles que lui avait offert sa mère avant de partir :

«  Pour ta soirée ma chérie… c’est notre cadeau d’anniversaire à ton père et moi… pour que tu sois encore plus belle pour le 31 décembre… »

Claire aurait seize ans le 3 janvier. En attendant, ce soir, Juliette avait entrepris de coiffer la chevelure rebelle de son amie et de la maquiller. Finalement, pour les cheveux, elle se contenta de bien les brosser et de les coiffer en arrière. Cela lui allait bien le côté un peu sauvage. Juliette rit :

« Bon OK, pour la coiffure, on ne change rien. Mais je te maquille un peu les yeux quand même : crayon noir et mascara doré, d’accord ?

- D'accord Juju, lui répondit Claire avec confiance.

Quant à Juliette, elle était adorable dans son ensemble bleu : une longue jupe bleu nuit en velours et un haut cache-cœur du même velours. Laurent leur dit :

«  Vous êtes très mignonnes toutes les deux et toi aussi ma Nattie bien sûr ! »

 

A huit heures, les premiers invités arrivèrent, des amis de Juliette du centre équestre ; Juliette les présenta à Claire :

« Marguerite (une jolie brune), avec qui je monte depuis le début, Olga, Michel et Rémi, le plus fort de nous tous au club ! » ajouta Juliette.

Claire les salua avec timidité et se sentit en confiance avec Rémi Lavallière, au sourire simple et sincère, le regard franc et doux derrière ses lunettes dorées. En attendant Victor, Claire s’assit dans un coin et observa les copains de Juliette, elle trouvait Rémi très chouette et il avait l’air amoureux de son amie. Claire se promit de mieux faire sa connaissance… Si seulement Juliette pouvait se rendre compte d’elle-même que ce Rémi était plus franc, plus direct, plus proche d’elle que son fichu Eric ! Enfin, Victor, Pierre, Eric et Marilyn sont arrivés tous ensemble avec des bouteilles de champagne et Pierre sa guitare comme toujours !

Claire, très émue de revoir Victor, va presque se cacher à la cuisine, sous prétexte d’aller mettre le champagne au frais. Mais Victor la suit, et dans la semi-intimité de la cuisine, il la prend dans ses bras et lui caressant les cheveux, il lui dit :

« Tu m’as manqué ma Clara ! »

Claire sourit et, blottie contre le jeune homme, elle finit par avouer dans un souffle :

«  Toi aussi Victor…tu m’as manqué… »

Alors, Victor la repousse pour mieux la regarder et lui dit :

«  Tu es magnifique ! Viens, on va danser ! »

Claire est un peu tourneboulée, elle préférerait prendre le temps de retrouver ses marques, calmer les battements de son cœur assise dans un coin tranquille avec Victor, demeurer seule avec lui un long moment, mais Victor est dans une autre humeur, nettement extravertie. Il a l’air survolté, les yeux drôlement brillants. Claire ne l’a jamais vu comme ça…

Nathalie, Laurent et Eric se connaissent déjà, ces derniers ayant été en classe ensemble. Ils connaissent Pierre aussi, par la musique car Nathalie est musicienne, elle est flûtiste comme Eric et Juliette. Le « groupe des cavaliers », comme les appelle Juliette, sympathise bien avec les autres. On danse. Le punch fait merveille pour délier les langues et les corps. Victor veut toujours faire danser Claire, danser, danser, mais il ne se rend pas compte de la réserve de la jeune fille  qui n’aime pas les manifestations en public : que Victor l’embrasse, qu’il la serre très fort devant les autres, cela la gêne. Elle se sent de plus en plus mal à l’aise.

Marilyn, en robe flashy, ses cheveux blonds semés de paillettes (décidément celle-là elle veut briller !), danse sans retenue. Elle fume, elle boit, elle rit fort et ne cesse de se rapprocher de Victor. Claire, qui garde la tête froide, s’en aperçoit et ça l’agace, surtout que Victor se laisse faire, comme flatté par les manœuvres de séduction de Marilyn.

A minuit, le champagne coule à flots, on s’embrasse sous le gui. Victor retient Claire : « Merveilleuse année Clara…pour nous deux… »

Quand ils ne boivent pas, Victor et Eric fument et Claire s’aperçoit avec stupeur qu’ils fument du shit ; ça n’était pas prévu dans sa vision romantique du jeune homme  : le découvrir buveur, fumeur, séducteur… ! Claire n’ose pas le croire mais elle est bien forcée de le voir rire aux plaisanteries de Marilyn qui lui fait ostensiblement du charme !!! Quant à Eric, s’il reste aux côtés de Juliette, cela ne l’empêche pas de dévorer Claire des yeux. Celle-ci se sent de plus en plus mal. Elle manque d’air… Victor n’est plus le tendre jeune homme dont elle rêve depuis des semaines, elle a l’impression d’en voir un autre : c’est peut-être l’effet de ces maudites cigarettes et de la boisson mais en tous cas, elle ne reconnaît plus le Victor qui lui a offert le tableau de Nicolas de Staël, celui qui lui a murmuré et écrit des mots d’amour, donné le doux surnom de Clara… Non, elle c’est Claire ! Claire Laforêt ! Elle se lève, quitte le canapé où elle se sent s’enfoncer comme dans un sable mouvant. La musique, la fumée des bougies et des cigarettes lui donnent presque la nausée. Elle se lève laissant Victor tout à son numéro face à Marilyn. Elle va à la cuisine se chercher un verre d’eau et tenter de se ressaisir. Tout d’un coup, elle sursaute : Eric s’approche d’elle et la coince contre le frigo :

«  Claire…oublions les autres, tous les autres…je suis fou de toi…je t’aime » et se penchant de plus en plus vers elle, il l’embrasse de force. Ce baiser la dégoûte, il a le goût de l’alcool, de la trahison. Elle veut se dégager mais il est fort et maintient son emprise.

« Eric ? Je… » La voix de Juliette retentit à cet instant et s’arrête aussitôt, comme coupée dans son élan. Eric relâche Claire qui se dégage très vite et court vers Juliette dont le visage vient de se décomposer. Juliette se précipite dans l’escalier et s’enfuit dans sa chambre. Claire la suit comme une somnambule :

«  Juliette ! »

Mais Juliette s’est enfermée et refuse de lui ouvrir. Claire entend ses sanglots, se laisse glisser par terre et l’appelle doucement :

« Juju, écoute moi… »

Mais elle a beau l’appeler, Juliette n’ouvre pas. A bout de force, Claire redescend dans le salon pour chercher de l’aide : Victor… ou mieux Nathalie… Stupeur ! Quand elle arrive sur le seuil du salon, une vision la cloue sur  place : Victor et Marilyn dansant enlacés et s’embrassant à pleine bouche. Aveuglée par ses larmes, Claire sort immédiatement du salon, attrape son manteau et son portable. Il est quatre heures du matin, elle grelotte dans la rue en attendant le taxi. Personne ne l’a vue sortir, même pas Victor son prétendu amoureux, se dit-elle amèrement… Le taxi la conduit chez elle. Face au chauffeur, elle a séché ses larmes, elle arrive chez elle et rentre dans l’appartement désert. Luce est encore chez elle. Elles ne doivent se retrouver que dans l’après-midi. Sébastien est à Paris, ses parents à New-York, Juliette, sa seule amie a refusé de lui ouvrir sa porte, Eric a sali l’amitié des deux jeunes filles en l’embrassant de force, Victor l’a trahie avec son ennemie…

Elle s’écroule sur son lit en pleurant. Puis elle se relève pour jeter le cadeau de Victor à la poubelle et déchirer ses lettres… Son portable sonne à plusieurs reprises…Elle ne l’entend même pas. Elle reste prostrée sur son lit. Face au vide.

 

A suivre : 

Chapitre 9

Triste lendemain

Photo : Eric Rose

Photo : Eric Rose

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De vous à moi...

Bienvenue sur mes lignes, ces mots sur votre écran. Attrapez-les au vol, comme vous les entendez. Posez-vous sur ces pages aux mille images. Fines enveloppes d'émotions tendues entre nous...

Je suis Natacha Karl, une "auteure en ligne" dont vous pouvez aussi découvrir les livres "Bonjour Mademoiselle" (2016) et "Les survivantes" (2017) ... poète, slameuse, écrivain, haïjine...

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- Tous les textes sont : Protégé par Cléo

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