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Les mots de Natacha.com

Les mots de Natacha.com

Des mots, des murmures, des cris, des silences, des aveux. Des mots qui claquent, se taisent dans un sourire. Poésie, slam, chanson, prose et haïkus...

Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Les silences de Claire, #adolescence, #amour

Chapitre 4

L’amour muet

 

 

Victor Adelin était un grand jeune homme aux allures de beau ténébreux, les cheveux bouclés un peu « fous », en broussaille comme ceux de Claire. I l portait des jeans délavés et toujours un long pardessus noir. Ses mains étaient longues, son sourire à fossettes. Des yeux dont Claire n’arrivait pas à saisir la couleur.

Sans que personne ne les ait présentés l’un à l’autre, il y a eu comme une reconnaissance étrange entre Claire et Victor, le frémissement de deux âmes d’artistes peut-être et ils ont commencé à se sourire quand ils se croisaient dans les couloirs, puis à se dire bonjour quand ils étaient seuls l’un en face de l’autre. Si Victor était avec ses copains et que Claire passait dans la cour, lui se retournait vers elle, comme attiré, et lui jetait un sourire furtif. Leur manège était encore plus complexe : si Claire était à la fenêtre de sa salle de cours et qu’elle regardait en bas dans la cour, à tous les coups s’il était dans la cour, Victor levait les yeux et leurs deux regards se croisaient. Juliette avait fini par s’apercevoir de ce « phénomène » :

- Vous avez fait connaissance, ça y est avec Victor ?

- Non, répondit Claire laconiquement.

- Eh bien quand même! il se passe quelquechose entre vous, sinon vous ne vous diriez pas bonjour sans même vous connaître! Il y a un feeling, c'est clair!

 

Juliette décida donc de prendre les choses en main et proposa d’organiser une fête pour que Claire et Victor apprennent vraiment à se connaître. Mais avant qu’elle n’ait pu mettre ce premier projet à exécution, une occasion idéale se présenta. Les Blue Cats, le groupe d’Eric, l’ami de Juliette allait donner un concert au lycée à la mi-décembre. Juliette réussit à entraîner Claire aux répétitions qui avaient lieu chez Eric. Ses parents, chirurgiens tous les deux, avaient une maison gigantesque (aux yeux de Claire) dans la périphérie de Toulouse sur une colline. Le jeune homme disposait quasiment d’un studio d’enregistrement dans une grande pièce de la villa. En plus du matériel d’enregistrement, il avait un synthétiseur et une batterie. Eric jouait de la flûte traversière et des claviers mais dans son groupe, il tenait les parties de synthé, Marilyn Bel  était à la batterie.

 

Claire n’était pas ravie de la trouver là celle-la ! Cette fille était visiblement jalouse d’elle ; en cours, elle n’arrêtait pas d’intervenir systématiquement après Claire pour soutenir l’opinion inverse. Malheureusement pour elle, cela ne lui réussissait guère, ni à l’oral ni à l’écrit. Elle se retrouvait toujours deuxième derrière Claire au niveau des notes. De plus, c’était une fille sophistiquée et Claire la soupçonnait d’être à l’origine des quolibets qu’elle entendait murmurer derrière elle : « Clairière », « Broussaille ». Rien de profondément cruel mais terriblement agaçant et éprouvant pour une fille de la sensibilité de Claire qui souhaitait surtout être tranquille et anonyme.

 

Juliette ne s’était pas rendue compte que ces bruits sur Claire étaient colportés par Marilyn et sa clique. Juliette était tellement loin de ces mesquineries. Elle ne les voyait carrément pas, de même qu’elle ne se rendait pas compte que son Eric n’était plus très tendre avec elle et qu’il avait tendance à loucher sur les autres filles et notamment sur Claire ! Claire se reprochait intérieurement d’avoir suivi Juliette chez Eric et d’être tombée dans ce pétrin quand Victor Adelin arriva.

 

On les présenta l’un à l’autre et ils firent comme s’ ils ne s’étaient jamais vus ni salués. Ils échangèrent une rapide bise sur la joue de convenance mais Claire était troublée. Pendant toute la répétition, les yeux de Victor ne lâchèrent pas ceux de Claire. Victor avait une jolie voix, un peu voilée. C’est lui qui écrivait les textes des chansons et Eric ou Marilyn les musiques. Certaines chansons étaient en français, d’autres en anglais. Des paroles retinrent l’attention de Claire : « I want to paint your blue smile and die ». Blue smile. Blue Cats. Victor devait être un amoureux du bleu se dit Claire. Dans un moment de break, Victor  vint trouver Claire :

- Alors, tu aimes ?

- Oui.. c'est toi qui écris les textes?

- Oui c'est moi...

- Alors tu aimes le bleu...?

- Tu as remarqué, dit-il en riant. Oui, je n'ai pas quitté ma période bleue, je suis tombé dedans à quinze ans et ça dure toujours. Je recherche le bleu chez tous les peintres, je fais de la plongée sous-marine l'été etc!!!

                       Claire ne répondit rien, elle sourit simplement, de son fin sourire mystérieux. Et Victor se dit qu’il avait devant lui une fille « bleue », non pas de ce bleu fleuri dont on pare les jeunes filles romantiques un peu naïves, mais une fille intérieurement « bleue », ardente,  à la recherche de l’azur, en quête de profondeur et de pureté. Ce en quoi il ne se trompait pas.

                       La répétition se poursuivit jusqu’au soir. A la fin, Victor proposa à Juliette et Claire de les ramener en ville. Marilyn était voisine d’Eric. Claire aperçut un éclair de jalousie dans les yeux de Marilyn quand Victor fit cette proposition. Victor venait d’avoir dix-huit ans et son permis de conduire du même coup. Il conduisait une vieille AX :  bleue ! Il déposa d’abord Juliette qui fit un clin d’œil à Claire en descendant de voiture, puis il accompagna Claire chez elle. Au moment de se quitter, il y eut une certaine qualité de silence que Claire ne rompit pas. Victor attrapa une mèche rebelle de Claire et la lui glissa derrière l’oreille en lui murmurant : « à demain… » Claire se sentait molle comme une poupée de chiffons en montant les marches vers son appartement. Un petit peu amoureuse…

 

 

à suivre...  Chapitre 5 : Des sentiments nouveaux


 

Les silences de Claire - Chapitre 4

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De vous à moi...

Bienvenue sur mes lignes, ces mots sur votre écran. Attrapez-les au vol, comme vous les entendez. Posez-vous sur ces pages aux mille images.

Je suis Natacha Karl, auteure et poète. Vous pouvez aussi me retrouver dans mes livres "Bonjour Mademoiselle" (roman-témoignage), "Les survivantes" (nouvelles) et Musiciennes ! (roman jeunesse).

A votre rencontre...

- Tous les textes sont : Protégé par Cléo

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