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Les mots de Natacha.com

Les mots de Natacha.com

Des mots, des murmures, des cris, des silences, des aveux. Des mots qui claquent, se taisent dans un sourire. Poésie, slam, chanson, prose et haïkus...

Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Les silences de Claire, #adolescence, #silence

Je vous présente la version originale de ce court roman jeunesse "Les silences de Claire"

que j'ai écrit il y a plusieurs années pour ma fille Marie... ma première lectrice!

un portrait allusif et poétique d'une adolescente un peu perdue.

Ne sommes-nous pas tous ou n'avons tous pas été un peu perdus à l'adolescence?

Ce portrait est écrit comme une aquarelle, il n'en est pas moins réel... 

 

 

Les silences de Claire - Chapitre 1

Chapitre 1

Une drôle de fille

 

 

                Claire Laforêt ne sait pas si elle est jolie ; ce qu’elle sait, c’est que ses parents sont beaux et qu’elle ne leur ressemble pas. Sa mère, Mathilde, est blonde, mince, classe ; elle a « beaucoup d’allure » comme on dit dans son métier : Mathilde est photographe de mode en free-lance, plus jolie que les mannequins qu’elle photographie, se dit Claire. Elle est fougueuse, toujours en mouvement, ses grands yeux verts constamment à l’affût de l’image inédite, de l’angle de vue original. Claire admire beaucoup l’élégance et le talent de sa mère.

                Jean-Michel, son père, est lui aussi très vif, très grand, très beau. Il exerce avec passion la profession de journaliste. Il est grand reporter et se retrouve sur tous les fronts, tous les points chauds de la planète. Il travaille pour l’Agence France Presse. Ils se sont rencontrés Mathilde et lui dans la même école de journalisme. C’est Mathilde qui a bifurqué en cours de route pour la photographie et la photographie de mode en particulier. On dit de Mathilde Ramon-Laforêt qu’elle a un œil, ses photos figurent régulièrement en couverture de magazines, même à l’étranger. Jean-Michel et elle sont des cosmopolites dans l’âme et ils se retrouvent parfois lors de leurs déplacements professionnels, tâchant de concilier leur amour et leur métier.

                Claire les admire mais elle ne leur ressemble pas ; aussi silencieuse qu’ils sont causants, volubiles, passionnés, aussi brune que sa mère est blonde. Son frère Sébastien, de quatre ans son aîné, suit allégrement les traces de ses parents : à dix-neuf ans, il est à Sciences-Po à Paris, décidé à faire du journalisme plus tard lui aussi, passionné comme leur père par l’actualité, l’économie et la politique.

                Au milieu de son exubérante famille, Claire se fait l’effet d’un cousine orpheline, discrète, presque effacée, mais nourrissant des pensées tumultueuses et cachées. Quand elle est dans sa chambre, la porte soigneusement fermée, Claire prend ses crayons, ses pastels ou ses pinceaux et elle dessine ou, plus rarement, elle peint. Elle s’exprime le mieux par ses crayons ou ses pastels et sous ses doigts, elle fait naître les mondes qui  vivent dans sa tête.

                Claire ne le sait pas, elle ne s’en rend pas compte, mais elle est belle, mystérieuse et farouche. Elle repousse ses longs cheveux châtains négligemment vers l’arrière, ses longs doigts en guise de peigne. Elle a une beauté sauvage et pure, un fin sourire,  de grands yeux clairs et profonds comme ceux de sa grand-mère maternelle Luce qu’elle adore.

                Cette année, elle vient d’avoir quinze ans et entre en première littéraire au Lycée Pierre de Fermat à Toulouse. Elle est en avance sur son âge, elle a toujours eu d’excellentes notes mais elle ne s’en soucie pas vraiment. C’est même souvent un inconvénient car cela l’isole de ses camarades qui l’envient ou la tiennent à l’écart. En classe, elle écoute pour ne pas s’ennuyer et elle retient les paroles des professeurs sans mal. Ils répètent souvent la même chose, pour ceux qui n’ont pas compris ou pas écouté. Pour Claire, c’est pareil, écouter ou comprendre, regarder ou dessiner. Quand elle s’ennuie, elle dessine en marge de ses cahiers de regards, des sourires, des mondes imaginaires.

                Claire vient d’arriver à Toulouse. C’est elle qui a demandé à ses parents s’ils pouvaient déménager pour se rapprocher de sa grand-mère maternelle Luce Ramon, qui vient de perdre son mari des suites d’une douloureuse maladie.

« M’am, P’a, vous êtes tout le temps partis, Sébastien vient de rentrer à Sciences-Po, alors moi, je risque d’être souvent toute seule et mamie aussi est toute seule maintenant. »

Claire n’avait pas eu trop besoin d’argumenter, ses parents s’étaient vite laissés convaincre, de toute façon, ils n’exerçaient pas leur métier sur Paris mais autour du globe ! Jean-Michel avait alors conclu :

« D’accord Claire. Nous allons nous installer à Toulouse. Ta grand-mère en sera si heureuse, et finalement ta mère et moi serons soulagés de ne pas te savoir toute seule maintenant que ton  frère est étudiant et interne ».

 

        

       Le jour de la rentrée au Lycée, Claire se fait remarquer car elle est nouvelle. Beaucoup se connaissent depuis le collège. On lui jette des regards à la dérobée. Elle ne se mêle à aucun groupe. Dans la salle de classe, elle se glisse silencieusement à un banc. Le premier cours est un cours de français. Madame Mayer, leur prof principale, leur fait remplir les traditionnelles fiches de renseignements après s’être présentée elle-même. Les fiches ramassées, Madame Mayer demande à la classe :

« Qui a lu « Les Mots » de Sartre ? »

Machinalement, Claire lève la main. Elle se rend compte qu’elle est la seule à avoir levé la main ! Aussitôt, l’attention des autres élèves se porte vers elle. La prof s’adresse à Claire :

" Vous êtes mademoiselle… ?

-  Claire Laforêt, articule-t-elle doucement, un peu gênée d'être le point de mire.

- Ah oui, je vois votre fiche, vous êtes nouvelle. Vous venez de quel lycée?

- De Paris.

- Ah très bien mademoiselle. " Puis s'adressant au reste de la classe, Madame Mayer ajoute :

- Il va vous falloir suivre l'exemple de Mademoiselle Laforêt, qui est d'ailleurs plus jeune que la plupart d'entre vous puisque je vois sur sa fiche qu'elle a quinze ans! Vous avez comme premier travail la lecture des "Mots", et dans quinze jours, nous commencerons les exposés sur les différents thèmes du livre. "

Au moment où leur professeur a dit aux autres l’âge de Claire, celle-ci a ressenti ce frémissement qu’elle connaît bien et qu’elle redoute chez les autres à son égard : une sorte de jalousie ou de mise à l’écart. On la regarde différemment et Claire a beau se taire, se faire discrète, il y a toujours un moment où on s’aperçoit qu’elle ne ressemble pas tout à fait aux autres élèves. Là c’était réussi ! A peine arrivée, elle s’était fait remarquer et pourtant ce n’était pas son intention ! Claire préfère se taire et écouter que se faire remarquer et jalouser.

A l’intercours, sa voisine, une jolie jeune fille brune se tourne vers Claire et se présente avec un franc sourire :

« Dis donc Claire ! Tu l’as impressionnée Madame Mayer ! Moi qui la connais, je peux te dire qu’elle n’est pas commode ! Bravo pour toi ! Au fait, je m’appelle Juliette Ruska !

     -  Merci Juliette pour ce que tu me dis, murmure Claire.

- Tu viens de Paris? ajoute Juliette. Nina, ma soeur, y fait ses études au Conservatoire Supérieur de Musique.

- Moi aussi j'ai mon frère qui est étudiant à Paris. Il fait Sciences-Po, il veut être journaliste comme mon père.

- Ma soeur, elle, veut devenir chef d'orchestre.

- C'est génial dis donc!

Après ce bref échange, Claire se sentit rassérénée. Juliette avait l’air très ouverte, nature et spontanée. Claire s’est sentie accueillie. A la récréation de la matinée, elles poursuivirent leur petite conversation. Juliette lui apprit qu’elle était cavalière et qu’elle faisait de la flûte ; elle lui parla aussi de son ami, Eric Lucas, musicien amateur lui aussi, plus âgé qu’elle,  qui était en prépa dans le lycée.

« Je te le présenterai, dit Juliette. Il est génial tu verras. Il joue dans un groupe de rock amateur les « Blue Cats ». De temps en temps, ils font des concerts au lycée. »

Juliette était une fille vraiment sympa et enthousiaste. Elle avait eu l’air déçue quand Claire lui avait appris qu’elle était externe. Claire avait préféré s’inscrire comme externe plutôt que demi-pensionnaire pour pouvoir aller déjeuner avec Luce, sa grand-mère ou se balader sur les bords de la Garonne en croquant une pomme et en rêvassant.

 

... à suivre...

Commenter cet article

Laret 10/03/2016 09:04

Charmant récit, bravo! On continuera à suivre Claire...Bises et bon jeudi, Jean-Pierre

Cécile-Natacha Carle-Bezsonoff 10/03/2016 17:33

Merci Jean-Pierre! Je l'ai écrit initialement pour accompagner l'adolescence de ma fille... Bonne journée !

De vous à moi...

Bienvenue sur mes lignes, ces mots sur votre écran. Attrapez-les au vol, comme vous les entendez. Posez-vous sur ces pages aux mille images. Fines enveloppes d'émotions tendues entre nous...

Je suis Natacha Karl, une "auteure en ligne" dont vous pouvez aussi découvrir les livres "Bonjour Mademoiselle" (2016) et "Les survivantes" (2017) ... poète, slameuse, écrivain, haïjine...

A votre rencontre...

- Tous les textes sont : Protégé par Cléo

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