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Les mots de Natacha.com

Les mots de Natacha.com

Des mots, des murmures, des cris, des silences, des aveux. Des mots qui claquent, se taisent dans un sourire. Poésie, slam, chanson, prose et haïkus...

Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #Murielle au violon, #musique, #photo

 

Chapitre 7

L'audition Mozart

 

A ma sortie de l’hôpital, ma vie a changé. J’avais une vraie amie, et le vide laissé par la disparition de Madame Dulyonnais se comblait petit à petit. Surtout, je m’apercevais que j’avais manqué d’amitié partagée avec des personnes de mon âge, du fait de ma timidité et aussi de ma vulnérabilité en face de la jalousie des autres. Et la jalousie, j’y avais été confrontée très tôt, parce que j’étais douée pour le violon, parce que j’étais jolie, ça , c’était mamie qui me le disait : « Tu deviens de plus en plus jolie ma Murielle ! » Alors oui, les filles de la classe me tenaient un peu à l’écart et je crois que c’est moi qui ne laissais pas les garçons s’approcher de moi, excepté Olivier. J’entendais dire que j’étais « froide », « pas sympa », ou que je me croyais « supérieure ». C’était dur d’avoir treize ans. Bien sûr , rien de tout cela n’était vrai et heureusement maintenant j’avais rencontré Nina. Elle était partie en maison de rééducation pour sa jambe, pour qu’elle réapprenne à marcher sans boiter. En attendant de se revoir, on se téléphonait souvent et on s’écrivait.

Au Conservatoire, c’était l’effervescence de l’année Mozart : beaucoup d’auditions et d’animations étaient prévues : une grande exposition sur différents thèmes de sa vie et de son œuvre. Moi, j’avais participé aux recherches sur son Requiem et puis l’audition en mai où je jouais une sonate pour violon et piano accompagnée par Olivier. J’ai envoyé une invitation à Nina. Elle ne m’avait pas encore dit ce qu’elle comptait faire à la rentrée ni en quel cours d’instrument elle s’inscrirait. J’étais quasiment sûre qu’elle allait faire de la musique. Je reconnaissais en elle ce même frémissement intérieur que j’avais eu à six ans en découvrant le violon. Bien sûr pour elle, c’était un peu différent puisque c’était la danse qui l’avait attirée. Je pensais que comme elle aimait le rythme, elle pourrait aimer les percussions, mais je n’avais pas encore pensé à lui en parler.

Pour l’audition, sa mère l’a déposée au Conservatoire, elle ne pouvait pas rester mais il était convenu que mes parents et moi raccompagnerions Nina après le spectacle. Je porte une petite robe noire en velours et mes cheveux longs attachés en catogan par un ruban assorti. Olivier est très beau aujourd’hui, très élégant dans son costume bleu marine et sa chemise blanche. Dans les coulisses, avant de jouer, des pensées fugitives me traversent : on dirait que nous sommes des musiciens professionnels, nous en avons la fougue et la concentration. Et si nous formions un duo plus tard… Je me prends à rêver.

« Mourrrielle ! En scène ! » La voix de Gilles Carlier me fait retomber sur terre !

Plus de rêveries. C’est Mozart qui domine. Depuis que j’ai si bien appris à l’écouter, en me passant en boucle le Requiem, je me suis aperçue de la finesse et de la profondeur de Mozart. En apparence, sa musique brille et chante élégamment et joyeusement, mais elle a aussi une résonance intérieure beaucoup plus profonde et une architecture complexe. La profondeur de la simplicité apparente. Le génie ! Les applaudissements crépitent. Olivier et moi saluons le public en souriant. Je suis heureuse de savoir mon amie Nina dans la salle. J’ai hâte d’avoir ses impressions.

Nous nous retrouvons dans le hall, ses yeux noirs brillent. Elle a aimé ! Je le vois tout de suite. Elle me le confirme :

« Murielle, c’était très beau ce que tu as joué et comme vous l’avez joué, Olivier Karl et toi. »

Le voilà justement, je les présente l’un à l’autre. Olivier fait une gaffe en demandant à Nina si elle est danseuse parce qu’elle venait de faire allusion à la danse en parlant de nos gestes harmonieux quand nous jouions. Je vois Nina qui se mord les lèvres et dont les yeux s’embuent. J’interviens pour dire à Olivier que Nina va se mettre à la musique. Alors, à cet instant, ce qui me scie, c’est de l’entendre dire à Olivier :

« Je vais apprendre le piano ! »

Elle ne m’en avait encore rien dit ! Et je vois Olivier et Nina qui se sourient, on dirait qu’il passe une sorte de fluide entre eux. Je ne sais pas comment définir ce moment, mais je ressens une émotion particulière.

 

A suivre : Chapitre 8

Je vais leur dire…

Raoul Dufy : Le violon rouge (1948)

Raoul Dufy : Le violon rouge (1948)

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De vous à moi...

Bienvenue sur mes lignes, ces mots sur votre écran. Attrapez-les au vol, comme vous les entendez. Posez-vous sur ces pages aux mille images. Fines enveloppes d'émotions tendues entre nous...

Je suis Natacha Karl, une "auteure en ligne" dont vous pouvez aussi découvrir les livres "Bonjour Mademoiselle" (2016) et "Les survivantes" (2017) ... poète, slameuse, écrivain, haïjine...

A votre rencontre...

- Tous les textes sont : Protégé par Cléo

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