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Les mots de Natacha.com

Les mots de Natacha.com

Des mots, des murmures, des cris, des silences, des aveux. Des mots qui claquent, se taisent dans un sourire. Poésie, slam, chanson, prose et haïkus...

Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #littérature jeunesse, #musique, #danse, #Nina chef d'orchestre !, #photos nk

Chapitre 5

Promesse

Ainsi, mon accident de cheval allait me laisser des séquelles ! J’étais bouleversée. Cette nuit, j’ai pleuré dans la fourrure de mon ours en peluche, le plus doucement possible pour ne pas que ma voisine de chambre risque de m’entendre. Elle s’appelle Murielle. Elle est arrivée hier soir. Elle est plus âgée que moi, elle est là pour un problème grave, une opération du ventre. On doit l’opérer demain.

« Nina ! Nina ! Tu pleures ? Je ne dors pas tu sais. On peut parler si tu veux… Qu’est-ce que tu as ?

  • Excuse-moi Murielle…

  • Mais tu n’as pas à t’excuser. Qu’est-ce qui se passe ? Tu as mal ? »

Je la détrompe, et petit à petit, je lui dévoile ma peine. Avec délicatesse, avec sa voix douce, elle m’a posé des questions jusqu’à ce que j’arrive à lui avouer, tout doucement, plus facilement à elle qu’à ma famille le fond de ma peine, la place de ma déception. Oui, je rêvais d’être danseuse, une danseuse professionnelle, il fallait avoir une morphologie solide, une grande résistance physique, et maintenant, je ne pourrais plus prétendre à une place à l’Ecole de Danse de l’Opéra. Qui voudrait d’une danseuse boiteuse ? Je n’ai plus aucune chance d’être sélectionnée avec ce défaut physique, pour ce métier où la concurrence est si rude, la résistance physique si nécessaire ! Bien sûr je n’ai que dix ans, mais tout cela, je l’avais déjà pesé dans ma tête, pesé, accepté ! J’étais vaillante à l’effort ! Je sentais en moi un feu… déjà il me brûlait avant même d’avoir commencé les cours ! Depuis toujours je dansais, à la maison, en cachette mais avec passion ! Et quand j’avais commencé les cours, à neuf ans, ça avait été une révélation, comme si ma vie s’était éclairée tout entière dans ma vocation de danseuse !

Murielle m’a écoutée en silence, très attentivement, elle m’a dit qu’elle me comprenait car elle aussi avait une vocation : le violon ! Elle a commencé à six ans, cela fait déjà sept ans qu’elle en joue mais elle n’ a encore jamais dit à personne ce qu’elle me confie :

« Mes parents tu sais ne sont pas du tout artistes, ma mère est secrétaire et mon père médecin. C’est à l’école que j’ai découvert le violon, à la maternelle. Tous les vendredis, il y avait Frédéric qui venait nous faire un cours de musique. Il était violoniste. Il nous faisait découvrir à chaque fois un instrument différent. Mais le violon, ça m’a trop touchée. Il nous avait fait écouter les Quatre Saisons de Vivaldi, tu connais ?

  • Oui.

  • Moi, ça m’a tellement remuée que j’ai demandé à faire du violon. »

Ses parents ont été surpris mais ils ont accepté de l’inscrire au Conservatoire de Toulouse. Maintenant, ils sont très étonnés qu’elle réussisse si bien. Pour l’instant, elle n’a pas encore osé leur dire qu’elle aimerait devenir violoniste. Bien que nous fréquentions toutes les deux le Conservatoire, nous ne nous y étions jamais rencontrées.

Je renifle encore un peu dans la peluche de mon ours. Elle me dit :

« Tu vas voir… si ce n’est pas par la danse que tu t’exprimes, ce sera d’une autre façon, mais je suis sûre moi que tu seras une artiste ! Tu as trop de sensibilité ! Tu vas trouver… »

Quand elle me dit des choses comme celles ci, je n’arrive pas à la croire mais en même temps ça me fait du bien. Avec mes parents, je ne dis rien, je cache toutes ces pensées. Je ne sais pas pourquoi. Juju est venue me voir, la pauvre, elle avait de la peine, elle répétait :

« C’est de ma faute, Nina ! C’est de ma faute ! Si tu n’étais pas venue faire du cheval avec moi… »

Mais non vraiment ! Je ne voulais pas laisser Juju s’accuser de l’accident. Murielle a répondu à ma place par un mot que je ne connaissais pas : « C’est la fatalité. » ou alors elle dit encore un autre mot mystérieux :

« C ‘est le destin. Tu vois, il y a la vie et le destin ; le destin, c’est la façon dont ta vie est écrite, un peu comme sur une partition que tu vas déchiffrer sans en connaître les notes à l’avance mais en étant capable d’en faire résonner la musique. »

Heureusement que j’ai rencontré Murielle, nous nous comprenons si bien ! Peut-être le fait d’être toutes les deux dans la même chambre d’hôpital, de souffrir chacune, ça fait qu’on arrive à se parler, à se dire des choses la nuit ; quand la lumière est éteinte, on se chuchote des confidences. Elle n’arrive pas à trouver le sommeil parce qu’elle a mal au ventre, même après son opération. Elle a une sonde, ça lui fait mal. Et moi, dans mon plâtre, ça me lance, et ça me gratte aussi. Maman m’a apporté une aiguille à tricoter que je glisse sous le plâtre quand ça démange trop. Alors, nous parlons ensemble, elle me raconte la musique, les musiciens, ses préférés Bach et Vivaldi…

« Tu vois, si tu aimes la danse, tu aimes aussi la musique, c’est obligé, la danse, c’est comme une expression physique, corporelle de la musique. Danse et musique sont reliées en fait.

- Oui, Mademoiselle Angeline me l’avait dit. Elle m’avait dit aussi qu’elle avait remarqué que je ressentais la musique.

  • Tu vois ! c’est ce que je te dis ! Nina, crois moi, il ne faut pas que tu abandonnes le Conservatoire.

  • Je ne sais pas si j’y arriverai, dis-je d’une toute petite voix.

  • Il faudra que tu essaies, que tu retournes au solfège, que tu apprennes un instrument !

  • Tu crois ? Tu crois que ce n’est pas trop tard ?

  • Pourquoi trop tard ? Tu as dix ans ! Quel instrument tu aimes ?

  • Je ne sais pas, je n’y ai jamais pensé. A la maison, nous avons un piano, le piano de maman pour son chant. »

Je lui raconte que j’en ai déjà un peu joué quand on préparait le spectacle sur les pièces d’enfants de Tchaïkowsky. Petit à petit, grâce à Murielle, à la douceur de sa voix et de son regard bleu, je commence à penser que peut-être si je fais de la musique, je n’oublierai pas la danse non, mais je pourrai trouver une façon d’être heureuse à nouveau.

Murielle m’avait fait promettre que l’on se reverrait. Elle m’avait demandé de venir l’écouter à son audition de musique de chambre.

« Tu verras, si tu viens, je suis sûre que tu vas ressentir l’émotion de la musique et que ça pourrait te décider à faire de la musique !»

Elle était si passionnée quand elle parlait musique. C’était moitié pour me consoler, moitié pour me faire partager sa passion. J’avais promis.

En arrivant à la maison, dans la chambre, j’ai demandé à maman puisque je ne pouvais pas le faire moi-même à cause de ma jambe dans le plâtre, de décrocher toutes les images de danse, je ne pouvais plus les regarder. Mes chaussons et toutes mes affaires de danse étaient rangés dans l’armoire. Je voulais encore une fois les toucher, puis les ranger dans un carton pour la cave, mais je voulais être toute seule pour le faire. J’avais trop peur de pleurer, surtout devant maman, je ne voulais rien lui montrer de ma peine.

De toute façon, je n’ai pas eu le temps de m’apitoyer sur mon sort. Maman m’a appris que nous allions déménager. Ils avaient enfin trouvé la maison de leurs rêves aux environs de Toulouse, dans un très joli village aux maisons de brique rose. Juliette et moi aurions chacune notre chambre. Cela a été un véritable tourbillon. Juliette faisait des cartons pour emballer nos jouets et nos livres. Il fallait faire des tris. C’est avec papa que j’ai emballé mes affaires de danse. Furtivement je les ai serrées contre moi , puis je les lui ai tendues :

« Tu ne les jetteras pas, dis papa ?

  • Non ma chérie, on ne les jettera pas. »

Puis, j’ai reçu quelques visites. Claudia bien sûr, mais elle était toute gênée, elle ne savait pas comment me parler, elle regardait mon plâtre. Puis d’autres amies de l’école, Isabelle et Sophie, sont venues ensemble. Avec elles, c’était plus facile, on a parlé de l’école. Mais comme nous allions déménager, Juliette et moi devrions changer d’école, à la rentrée de février pour Juliette, pour moi plus tard à cause de la rééducation que j’allais devoir suivre pendant un mois dans un établissement spécialisé avec des kinésithérapeutes. D’une certaine façon, je trouvais que tout ce changement serait bien, comme une nouvelle vie. C’est ce que papa m’avait dit le soir où j’avais emballé mes affaires de danse. Une nouvelle vie, une nouvelle chance.

Quand je suis revenue de ma rééducation, sans mon plâtre mais avec des béquilles, le déménagement avait eu lieu. La nouvelle maison m’attendait. Je me sentais un peu perdue. Dans la nouvelle école, comme ils connaissaient déjà Juliette et qu’on se ressemble beaucoup toutes les deux, tout le monde a remarqué que nous étions sœurs et j’ai vite été adoptée. Un jour, j’ai reçu une lettre de Murielle avec une invitation pour son audition. Je n’étais pas retournée au Conservatoire depuis mon accident. Avec le déménagement, la rééducation, je n’avais pas eu le temps ; mais de toute façon, je n’aurais pas pu encore retrouver au solfège tous mes camarades danseurs. J’aurais eu trop de regrets. Mais l’audition de Murielle, c’était une promesse. Je ne savais pas encore que c’était une promesse de bonheur.

à suivre...

la promesse est dans le sourire des yeux...

la promesse est dans le sourire des yeux...

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De vous à moi...

Bienvenue sur mes lignes, ces mots sur votre écran. Attrapez-les au vol, comme vous les entendez. Posez-vous sur ces pages aux mille images. Fines enveloppes d'émotions tendues entre nous...

Je suis Natacha Karl, une "auteure en ligne" dont vous pouvez aussi découvrir les livres "Bonjour Mademoiselle" (2016) et "Les survivantes" (2017) ... poète, slameuse, écrivain, haïjine...

A votre rencontre...

- Tous les textes sont : Protégé par Cléo

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