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Les mots de Natacha.com

Les mots de Natacha.com

Des mots, des murmures, des cris, des silences, des aveux. Des mots qui claquent, se taisent dans un sourire. Poésie, slam, chanson, prose et haïkus...

Publié le par Natacha Karl
Publié dans : #prose, #marche, #courage, #photos hbb
photo : Hélène Billaud

photo : Hélène Billaud

Il ne me fut pas facile d' apprendre à marcher sans compter. Depuis mon enfance, je comptais mes pas ; c’était une sorte de magie qui circulait du pair à l’impair : les nombres avaient du sens, c’était comme un jeu de marelle que je n’aurais jamais cessé. Il y avait aussi des lieux à respecter, des dalles où ne pas poser le pied, un nombre de marches d’escalier plus favorable qu’un autre. Toujours compter. Dans la mer, un nombre de brasses à respecter pour ne pas couler. Les crocodiles à éviter sur le trottoir à éviter et toutes ces choses.

 

Pourtant je n’aime pas vraiment les chiffres, les ajouter, les retrancher ; je préfère combiner les lettres, qu’elles jouent entre elles. Cependant compter n’est pas calculer, c’est juste figurer les battements qui existent, le balancement des pieds sur la chaussée et souligner les souffles, structurer les silences. Un moment est venu où j’en ai eu assez de tous ces pas comptés, de la succession des pieds, des sauts, des bonds ou du sur-place.

 

J’ai renoncé à marcher à pas comptés. La marche n’en fut pas simplifiée pour autant. Lors de rêves éprouvants et fréquents, il fallait toujours que j’avance, que j’atteigne un but plus ou moins lointain. A chaque fois, c’était une marche forcée, lente et douloureuse : dans chaque jambe, je ressentais des picotements, des serrements qui me paralysaient presque. Chaque pas que j’arrivais à poser me coûtait beaucoup, et pourtant je sentais qu’aucune dérobade n’était de mise : il me fallait avancer vaille que vaille ; à pas minuscules, je parcourais un territoire en extension. Il arrivait que je tombe à genoux à force de lutter mais jamais je ne cessais d’avancer.

 

Ce n’était pas de la lenteur mais la nature de l’épreuve : tenir à avancer, tenir à marcher, marcher sans tomber, marcher sans trébucher, même au prix d’une douloureuse marche sur les genoux sans conscience des égratignures. Tant de rêves, tant de marches et quelques changements de démarches comme autant de registres dans une panoplie d’acteur.

 

La poussière que l’on traîne, les petits cailloux qui s’invitent, les semelles mouillées, le floc floc des bottes de pluie, les chaussures tant aimées à la semelle trouée, et les pas souples des danseurs, les talons menus des élégantes, le pas silencieux des indiens, le fracas des bottes militaires. Un drôle de mélange.

 

A tout prix éviter l’enlisement. Ne pas rester tétanisée. Marcher.

 

 

Initialement publié dans l'ouvrage "Visages de silence" - Les pas perdus

Photos : Hélène Billaud / En haut des marches, un paillasson rouge, comme un espoir

Photos : Hélène Billaud / En haut des marches, un paillasson rouge, comme un espoir

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De vous à moi...

Bienvenue sur mes lignes, ces mots sur votre écran. Attrapez-les au vol, comme vous les entendez. Posez-vous sur ces pages aux mille images. Fines enveloppes d'émotions tendues entre nous...

Je suis Natacha Karl, une "auteure en ligne" dont vous pouvez aussi découvrir les livres "Bonjour Mademoiselle" (2016) et "Les survivantes" (2017) ... poète, slameuse, écrivaine, haïjine...

A votre rencontre...

- Tous les textes sont : Protégé par Cléo

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